Tuskaland

ETUDE CRITIQUE de la thèse de Stephen Lewis,

Les premières mentions de Vikings, étude critique, 1,

 

Etude critique de la thèse de Stephen Lewis, partie 1

Premières mentions des Vikings en Occident.

L'oubli des madjous aquitains.

 

 

Joel Supéry

14 juillet 2021, corrigé le 29/08/21

 

Stephen Lewis vient de présenter ce 10 juin 2021 une thèse intituée "Vikings in Aquitaine and their connections ninth to the early eleventh century". Parmi les membres du jury, Pierre Bauduin1, son maître de thèse, dont la vision normando-centrée du phénomène viking est bien connue et Alban Gautier, président du jury, un médiéviste, qui dans les pages du Point, de l'Histoire et des Annales de Normandie m'avait traité d'imposteur pour avoir évoqué une présence continue des vikings en Gascogne2. Il est clair que Stephen Lewis n'avait pas beaucoup de liberté pour mener son travail "en toute indépendance".

Il s'agit du premier travail universitaire consacré à la question viking dans la moitié sud de la France et il faut s'en féliciter. Il aura fallu attendre cent-quatre-vingt-deux années après l'ouvrage de George-Bernard Depping3 pour voir un historien français s'intéresser à la question. C'est un travail important car il pourrait permettre l'ouverture d'un débat que la plupart fuient. Merci Stephen.

Il s'agit du premier article d'une série de quatre. Il concerne les premières mentions de Scandinaves en Aquitaine. Le second concernera l'invasion "fictive" de la Gascogne, le troisième les témoignages de la présence scandinave oubliés par Stephen Lewis et le dernier concernera la fin de la Gascogne scandinave dont Stephen nous dit qu'elle n'a jamais eu lieu.

Introduction. Une Gascogne "miraculeusement" préservée.

Lorsqu'il évoque les premières mentions de Vikings, Stephen Lewis commence par évoquer l'attaque de Lindisfarne en 793, enchaîne sur l'épisode de Noirmoutier en 799 sur lequel il s'étend longuement, puis mentionne l'attaque de Bouin en 820, la remontée de la Garonne en 844 enfin. C'est un inventaire traditionnel des sources à disposition, mais de la part d'un chercheur écrivant une thèse sur les Vikings en Aquitaine -une première-, on est en droit d'attendre un peu plus d'exhaustivité et d'originalité. Ainsi, il existe plusieurs témoignages d'auteurs arabes évoquant la présence de "madjous" en Aquitaine. Or, le terme Madjous désigne habituellement les païens d'origine scandinave. Il était donc légitime que Stephen Lewis évoque et étudie ces sources arabes dans le cadre de cette thèse. Pourtant, l'auteur a fait un autre choix.

Manifestement, Stephen Lewis, influencé par l'école normande devant laquelle il présente sa thèse et les auteurs classiques auxquels il voue un respect de bon aloi (Vogel, Lot, Auzias, Bladé, Bauduin), a considéré que l'Aquitaine, c'était surtout la Loire, pas mal le Poitou, un peu la Saintonge, à peine le Bordelais et pas du tout la Gascogne, une région qui va être systématiquement sous-évaluée dans son étude. Cette sous-évaluation va être légitimée par quelques "avis éclairés" comme celui du médiéviste Roger Collins, auteur d'un ouvrage intitulé "The Basques"4 : "It is unlikely that the Duchy of Gascony was a major target of Viking raiding, not least because it contained so few towns and monasteries, the prime sites for plundering [... ] However, the sand dunes of the Landes and the valleys of the Pyrenees constitued a territory less amenable to Viking tactics and taste."5

En écrivant ceci, Roger Collins se fait l'écho des propos tenus par Jules Michelet en 1869 et par Bernard Saint Jours en 1900. Le premier écrivait : « Les fleuves d’Aquitaine ne leur permettaient pas de remonter aisément comme ils le faisaient dans la Loire, dans la Seine, dans l’Escaut et dans l’Elbe. Ils réussirent mieux dans le Nord… »6. Le second : « Les flottes normandes n’ont pas plus pénétré par Mimizan que par Contis, Uchet ou le Vieux Boucau. Leurs navires, qui auraient trouvé ni estuaire ni rade pour les recevoir, se seraient ensablés dans le courant en moins d’une semaine de séjour et n’auraient plus flotté, sans compter qu’après le départ des troupes de débarquement, ils seraient restés à la discrétion de brûlots de résine. » 7 Que Michelet en 1869 et Saint Jours en 1900 estiment les fleuves et les côtes d'Aquitaine "trop hostiles" à la navigation viking est assez surprenant, mais c'est la seule explication "valable" que ces historiens ont trouvé pour justifier la "préservation quasi miraculeuse" dont aurait bénéficié la Gascogne. Les Gascons auraient eu de la chance : la nature les aurait protégés. On retrouve dans ces explications l'esprit des chroniqueurs ecclésiastiques qui cherchaient des explications divines à leurs heurs et malheurs. Stephen Lewis semble donner crédit à cette vision "miraculeuse" expliquant que les Vikings n'avaient pas les capacités navales d'attaquer la Gascogne... Pour mémoire, la pinasse landaise avec ses rameurs, son mât escamotable, le clin de sa coque et sa faculté à s'échouer n'importe où est la copie conforme d'un ferja scandinave. (Voir photo ci-dessus)

Cette sous-évaluation de l'action des Vikings en Gascogne est flagrante dès l'inventaire des premières mentions. Et c'est dommage. En effet, toute la thèse de Stephen Lewis est construite autour de postulats dont celui qui considère que les Vikings ne se sont jamais installés en Gascogne. Sans surprise, son postulat devient le résultat d'une "démonstration" menée "avec objectivité".

"Another derivative objective was to see if there is any real evidence for a very long-lasting, almost permanent, settlement of Scandinavians in Aquitaine over nearly two centuries, as has sometimes been suggested. As has been seen the answer to this is probably an emphatic ‘no’.8

Nous pensons que si Stephen Lewis avait étudié ces sources arabes, son postulat et les conclusions auxquelles il le mène auraient pu être très différents. En refusant d'élargir ses sources, Stephen Lewis reste dans le sillage de ses maîtres et ses conclusions sont, sans surprise, celles de ses prédécesseurs. Nous allons donc étudier ces sources arabes que notre chercheur a négligées et voir en quoi elles sont importantes pour notre sujet.

1- Le témoignage des sources arabes.

Le maghrebin Ibn Idhari9 rapporte: "En 177 (18 avril 793), Hicham mit à la tête de l'expédition d'été, dirigée contre les pays chrétiens, Abd El Melik Ben Moghith. Cette campagne, restée célèbre, fut très importante; celui qui la dirigeait poussa jusqu'à Ifrandja, devant laquelle il mit le siège et où il ouvrit à l'aide de machines de guerre une brèche dans les murailles; il menaça le pays des Madjous, parcourut le territoire ennemi et pendant plusieurs mois resta à brûler les bourgades et à détruire les châteaux forts : il attaqua même la ville de Narbonne. Ces succès importants eurent pour résultat un nombre de prisonniers tel que le quint se monta à 45 000 têtes, sans parler du butin en métaux précieux"10. Ce qui nous intéresse dans ces lignes, c'est la présence d'un énigmatique "pays des Madjous" manifestement situé au nord des Pyrénées.

Le même auteur évoque ensuite des combats impliquant ces mêmes madjous en 795 : « Là-bas arriva la nouvelle qu'Alfonse (II le chaste, roi des Asturies) réunissait les gens de son pays et avait demandé l'aide des Vascons et des gens de cette région qui étaient ses voisins, les madjous (sic) et d'autres."11 Ibn Al Athir,12 originaire de Mossoul, va lui aussi évoquer ce même épisode avec plus de précision: "En l’an 179 (795-796), Abd Al Malik ibn Mugit (toujours le même général) marche avec une grande armée sur Astorga (Dans les Asturies). Alfonse rassemble une armée ; il est aidé par le roi des Vascons (roi de Pampelune) qui était son voisin et les Madjous qui habitaient sur la côte de cette région. »13

Les Madjous habitaient "sur la côte de cette région", celle du roi de Pampelune. Il s'agit des côtes basques et gasconnes au nord des Pyrénées. Le "pays des Madjous" ne s'est jamais trouvé en Septimanie, comme le croyait Melvinger14, mais sur la côte gasconne. Lorsqu'il rapporte l'information, Alberto Perez de Laborda15 se fend d'un (sic) car il ne comprend pas comment des Vikings auraient pu être installés dans la région à cette époque. Sa surprise est logique : on a toujours répété que les invasions vikings débutent en 793 et il est impossible d'expliquer comment une "Pays des Madjous" aurait pu exister dès cette époque.

Le débat sur les Madjous.

Madjous, littéralement les "mages", les "adorateurs du feu", est le terme par lequel les auteurs arabes désignent habituellement les Zoroastriens au Moyen-orient. En Occident, le terme désigne les Scandinaves. En 1849, Reinhart Dozy16 décide de traduire Madjous par Aquitains (!). En 1923, E. Fagnan17 va être le premier à qualifier les Madjous de 795 de "Normands". En 1946, Claudio Sanchez Albornoz18 préfère, dans un premier temps, ne pas traduire et oublier le terme "al Madjous", mais la même année, dans La Espana musulmana,19 l'auteur reprend la traduction de Fagnan et cite "los Normandos" qui est maintenu dans l'édition française de 1985.20 En 1955, dans sa thèse, l'historien suédois Arne Melvinger va considérer que ces Madjous de 795 sont bien des Scandinaves. Il conclut: "Au terme de cette enquête, nous pouvons conclure que les auteurs arabes ont employé le mot magus pour désigner les peuples du Nord [...] De ces peuples, ceux que les habitants d'Espagne et du Magrib rencontrèrent et sur lesquels ils laissèrent des relations écrites, sont les Vikings."21 Mais cette lecture -qui remet en question la chronologie des invasions- est contestée aujourd'hui. Plusieurs auteurs espagnols -Estornés Lasa, García de Cortázar, Sara Pons-Sanz- contestent cette lecture. Karl Farrugia22 considère que les Madjous étaient des "païens basques", une lecture que Melvinger avait rejeté en son temps. Ann Christys rejette également l'hypothèse scandinave et adopte l'hypothèse indigène en se fondant sur sa seule "intime conviction" : "There is no reason to suppose that Vikings settled there."23 Anton Erkoreka24 n'est pas convaincu et pense qu'il s'agit bien de Scandinaves. De son côté, Alberto Perez de Laborda qui rapporte les traductions d'Ibn Idhari et Ibn Al Athir se fend d'un (sic) incrédule à chaque fois qu'il évoque ces "Madjous". Le (sic) de Perez de Laborda s'explique car ce spécialiste du pays basque ne comprend pas qui sont ces madjous.

Nous avons ainsi deux hypothèses concernant ces madjous du pays Basque. Nous penchons pour l'hypothèse scandinave et à l'appui de celle-ci, nous avons plusieurs arguments à faire valoir.

D'abord, Ibn Idhari et Ibn Al Athir vont tous les deux évoquer l'attaque menée par les Madjous contre Séville en 844. Pourquoi ces auteurs nommeraient-ils de la même manière de "mystérieux païens basques non identifiés" et des Vikings dans un même témoignage historique sans mettre en garde le lecteur que ce terme ne décrit pas les mêmes personnes en 795 et en 844 ? Par souci d'embrouiller le lecteur et de compliquer la tâche des historiens ? C'est absurde. Ibn Idhari et Ibn al Athir n'ont aucun doute que les païens de Gascogne, comme ceux de Séville, sont des Scandinaves. Par ailleurs, ces auteurs évoquent "le roi des Basques" et "les Madjous installés sur la côte" de son royaume. Cette distinction indique que les madjous n'étaient pas des "Baskunis, sujets du roi des Basques, et peuvent donc difficilement avoir été des "païens basques". Ensuite, les Madjous qui prennent le contrôle de la Gascogne en 840, remontent la Garonne et le Guadalquivir en 844 et prennent Bordeaux en 848, puis capturent le roi de Pampelune en 858 sont des Scandinaves et on ne comprend pas pourquoi l'historiographie privilégie l'hypothèse d'un "peuple païen" basque inconnu et rejette l'hypothèse scandinave, avérée historiquement. Nous démontrerons par la suite que ce sont bien les Madjous de Gascogne qui sont les auteurs de ces faits et non d'hypothétiques "Normands de la Loire". Enfin, les historiens défendant la lecture de "païens basques" n'expliquent pas quel est ce "pays des Madjous" évoqué par Ibn Idhari, ni pourquoi ce pays se trouve sur la côte, ni pourquoi ses membres sont des guerriers réputés au point d'être sollicités par les rois chrétiens. Leur position est d'autant plus étonnante qu'il existe un témoignage qui semble assez explicite. L’auteur arabo-andalou Abû Ubayd al-Bakrî (vers 1014-1094) explique que le Pays de Labourd appelé en arabe « bilâd Bayûnah » -Bayûnah est clairement Bayonne dans l’œuvre d’Al-Idrîsî mort vers 1165- est habité par les Normands. La traduction serait :  « […] A l’est, toujours les Slaves. A l’ouest, les Basques et le pays de Bayonne, dont les habitants, connus sous le nom de Normands, parlent une langue différente de celle des Francs »25. Cette mention d'un pays normands autour de Bayonne est plus tardive, mais la coïncidence entre le pays de Madjous sur la côte du roi de Pampelune et l'existence de ce pays normand autour de Bayonne est suffisamment forte pour prendre au sérieux l'hypothèse de Madjous d'origine scandinave. D'autant qu'une telle présence peut s'expliquer.

L'attrait commercial espagnol.

Pour quelles raisons commerciales, les Scandinaves seraient-ils présents en Gascogne et au Pays Basque dans les années 790 ? Pour répondre à cette question, il est utile de dresser un tableau politique et commercial de l'Europe occidentale à cette époque. En 772, Charlemagne avait entrepris une guerre de conversion contre les Saxons païens. Les Saxons sont soutenus dans leur combat par leurs voisins du nord, les Danois. Charlemagne se rendit vite compte que ces païens, abrités sur leurs îles, étaient hors de portée des armées franques. Charlemagne aurait donc décidé de frapper les Danois là où ils étaient les plus vulnérables : sur la côte de l'empire. L'attaque de Noirmoutier en 799, qui coûte la vie à cent cinq païens, s'inscrirait dans ce contexte. Mais le harcèlement des convois marchands le long des côtes de l'empire ne suffit pas et Charlemagne organise également une sorte de blocus commercial de la Scandinavie en interdisant aux chrétiens, et en particulier aux marchands frisons, de commercer avec les païens. "La capitulaire de Thionville (805), nous dit Robert Latouche, qui est une instruction destinée aux missi, contient une série de prescriptions concernant les marchands qui se rendent dans ces régions. L'auteur leur interdit la vente des armes et des broignes, c'est-à-dire des vêtements militaires. Il établit ensuite une sorte de frontière douanière qu'il leur défend de franchir. Cette ligne qui partait de l'embouchure de l'Elbe au nord pour aboutir vers le sud au Danube était jalonnée par des postes que gardaient des hommes de confiance".26 Si les Scandinaves veulent acquérir des marchandises en provenance du sud sans passer par les fourches caudines franques, ils n'ont d'autre choix que de contourner l'empire. Les Suédois le feront par l'est, mais les " Danois " semblent l'avoir fait dès les années 770 par l'ouest. Les Scandinaves ont longé la côte européenne à la recherche d'une route commerciale échappant au contrôle des Francs. Ils semblent avoir trouvé cette route au Pays basque. Au sud des Pyrénées, une voie romaine relie Tarragone en Catalogne à Oiasso/Irun sur la côte atlantique. Cette route échappe au contrôle de l'émir de Cordoue au sud de l'Ebre et à celui des Francs au nord des Pyrénées. Nous pensons que les madjous installés au Pays basque seraient venus dans la région pour accéder au commerce méditerranéen traversant l'Espagne par la voie romaine de Tarragone. Sur cette route, ils pouvaient vendre leurs produits traditionnels : armes, fourrures, ambre et acquérir les biens convoités : tissus, parfums, épices.27 Le fait que les Madjous soient alliés aux rois chrétiens d'Espagne dans leur lutte contre les Musulmans, signifie bien qu'ils n'étaient pas venus en pillards, mais en partenaires commerciaux. J'ai eu beau lire l'excellente thèse de Karl Farrugia28, l'article d'Ann Christys intitulé The Vikings in the south trough Arab eyes,29 le raisonnement d'Epalza30, mais le constat est toujours le même. Ces auteurs retiennent l'hypothèse non-scandinave sans la démontrer et rejettent l'hypothèse scandinave sans même l'étudier. Ce choix de privilégier l'hypothèse non-scandinave est tout simplement incroyable, incroyable, mais explicable.

La date mythique de 793 remise en question.

Cette hypothèse n'a jamais été envisagée pour une raison toute simple : depuis plus d'un siècle, la recherche historique est dominée par une date symbolique, celle de l'attaque de Lindisfarne en 793. Tous les historiens ont accepté cette date comme la date inaugurale des invasions vikings en Occident. Les invasions débutant en 793, les Normands étant signalés à Noirmoutier en 799, à Bouin en 820, puis sur la Garonne en 844, on a le sentiment d'une lente et progressive descente vers le Sud. Aussi, est-il difficile d'imaginer que des Scandinaves soient déjà présents au Pays Basque dès 793. Donc les Madjous ne peuvent pas être des Scandinaves. Or, la date de 793 n'a rien d'historique. C'est un de ces postulats qui verrouillent la réflexion, mais, bonne nouvelle, ce postulat est sur le point de sauter.

Les découvertes en 2008 et 2010 des bateaux de Salme sur l'île de Saarema en Estonie ont remis en question cette date. Le Salme 2 découvert en 2010 à trente mètres du précédent, contenait trente-quatre squelettes, ceux d'hommes dans la force de l'âge ayant rencontré une fin violente. Il s'agissait manifestement de guerriers ayant péri au cours d'un raid malheureux. Or, ce raid a eu lieu entre 700 et 750, c'est-à-dire plusieurs décennies avant le "début de l'ère viking". Par ailleurs, alors que le navire d'Oseberg de 820 était le plus ancien navire à voile connu, Juri Peets, archéologue de l'université de Tallinn, estime que le Salme 2 possédait également un mât et une quille, ce qui signifie que l'utilisation de voiles est antérieure d'au moins un siècle à la date retenue. Cette date précoce permet d'envisager des expéditions lointaines bien avant l'attaque de Lindisfarne. "Je pense que Salme serait l'endroit idéal pour trouver le premier exemple de voile avant l'ère viking", déclare Jan Bill, archéologue et spécialiste des navires vikings à l'université d'Oslo. "C'est une taille de navire pour laquelle une voile aurait eu beaucoup de sens". Andrew Curry le souligne à juste titre : "Il est clair, d'après les vestiges, que les princes scandinaves organisaient des expéditions maritimes des décennies ou plus avant le funeste raid de 793 sur Lindisfarrne.31

Rien, et surtout pas la date symbolique de 793, ne permet d'exclure que ces Madjous aient bien été des Scandinaves. La présence de Madjous dans la région est d'autant moins surprenante que les textes scandinaves mentionnent des expéditions précoces vers le sud.

2- Le témoignage des sources scandinaves.

Saxo Grammaticus, auteur des Gesta Danorum, évoque le roi Harald Hildtand. Saxo rapporte : "Duc et Dal devinrent ses compagnons d'armes et avec eux il soumit l'Aquitaine."32 Or, Harald Hildtand a été tué à la bataille de Bravellir dans le Jutland dans les années 770. Saxo Grammaticus est un auteur dont les écrits sont loin d'être rigoureux : il raconte en détail, commente beaucoup et doit être pris avec prudence. Cependant, on ne comprend pas pourquoi il mentionnerait la soumission de l'Aquitaine, qui n'apporte absolument rien à son récit et qu'il ne développe en aucune façon par "désir d'embellir ses propos". Il s'agit simplement d'une information qu'il connaît et qui ne lui paraît manifestement pas extraordinaire. Il est à noter que, parmi les pays "soumis", Saxo mentionne explicitement l'Aquitaine et non la Neustrie, où fut fondée la Normandie. Cette mention est d'autant plus intéressante qu'il existe une autre source scandinave, la chronique de Lejre (Chronicon Lethrense)33 qui, vers 1170, mentionne le même genre d'information : "A la mort d'Aasa, qui succéda à son père Olaf, Harald fut fait roi des Danois, et surnommé Hildtand, la dent guerrière. On dit que ce seigneur fit de tous les royaumes jusqu'à la mer Méditerranée ses tributaires."34 Évidemment, la notion de "tributaire" laisse toutes les interprétations possibles. Ce qui est intéressant, c'est que ce roi aurait exercé son pouvoir jusqu'en Méditerranée. La présence de Madjous en Gascogne dès 793 pourrait être liée à " l'idée de tributaire " mentionnée par Saxo Grammaticus et le Chronicon Lethrense. Il est important de noter que les sources scandinaves et arabes se rejoignent sur un point nié par l'historiographie : la présence précoce des Scandinaves en Europe du Sud. Evidemment, si on avait un texte franc confirmant cette présence précoce, sa probabilité s'en trouverait encore renforcée. Or, il existe un témoignage franc qui semble donner crédit à une présence scandinave précoce en Méditerranée.

3- Le témoignage de Nokter le Bègue.

Nokter le bègue évoque un épisode qu'il situe en Méditerranée du vivant de Charlemagne. Charlemagne est en visite incognito dans un port de Narbonnaise où se trouve rassemblée la flotte franque. Bientôt, dans la soirée, des voiles apparaissent à l’horizon. Parmi ses suivants, on se pose des questions sur l’identité de celles-ci : des Juifs, des Africains, des Saxons ? C’est Charlemagne qui identifie la flotte, il s’agit de Normands. A l’approche du port, "apprenant la presence de Charlemagne" et avant que la flotte franque n’ait eu le temps d’appareiller, la flotte scandinave fait volte-face et disparait à l’horizon. Charlemagne reste pensif et des larmes commencent à couler sur ses joues. On lui demande les raisons de son chagrin et Charlemagne d’expliquer que si ces païens osent le défier de son vivant sur ces rivages, il craint le pire pour ses descendants.35

Ne pouvant pas croire que des Scandinaves soient présents en Méditerranée avant 814, plusieurs historiens vont "délocaliser" l'anecdote sur les rivages de la mer du Nord où l'on sait que Charlemagne mena des inspections de ses forces navales en 800. Pourtant, cette anedote peut difficilement avoir eu lieu en Mer du Nord. L'auteur évoque le doute qui prend les observateurs à la vue de cette flotte. Si l'épisode s'était déroulé en Mer du Nord, la flotte scandinave aurait immédiatement été reconnue et jamais une flotte africaine ou juive n'aurait été envisagée. Par ailleurs, Nokter raconte que cette vision tira des larmes de Charlemagne car la présence de cette flotte en ce lieu laissait présager le pire pour ses descendants. Il est évident que si l'épisode s'était déroulé en Mer du Nord, Charlemagne n'aurait pas été ému de la sorte car c'est justement la présence des flottes scandinaves qui avait provoqué la mise en place de sa politique navale. Ces deux détails excluent, à nos yeux, que cet épisode ait pu se dérouler ailleurs qu'en Méditerranée. Or, il est possible d'après ce que dit Nokter d'imaginer quand et où s'est déroulé cet événement. Charlemagne vient en Italie pour la dernière fois de sa vie en 800 lorsqu'il va être couronné empereur. Logiquement, cet épisode serait arrivé à ce moment là. Nokter dit qu'une flotte franque était rassemblée dans le port que visitait Charlemagne. Il est probable que les deux faits : la présence de Charlemagne et celle de la flotte aient un rapport direct.

Cette hypothèse est logique pour trois raisons. D'abord, Charlemagne avait entrepris une politique navale ambitieuse et construit des flottes en Mer du Nord, en Manche et en Méditerranée pour s'opposer aux exactions de pirates hantant ses côtes. Ensuite, le chef des Francs avait visité la flotte de la Manche en mars 800.36 Dans une logique de tournée d'inspection, il était assez naturel qu'il visite la flotte de Méditerranée dans les mois suivants lors de sa venue dans la région. Enfin, cette flotte de Méditerranée avait surpris des pirates sarrasins aux Baléares en 799 et avaient adressé les bannières capturées à Charlemagne.37 C'était la première victoire navale franque, une victoire de prestige, qui légitimait ses efforts d'armement naval. Il était important que Charlemagne vienne en personne féliciter les marins victorieux. La visite de Charlemagne dans un "port de Narbonnaise" qui aurait pu être Nice ou Antibes, voire Gènes -hors de Narbonnaise-, le principal port militaire franc, a logiquement pu avoir lieu en 800 ou 801. Juste avant ou juste après le sacre. L'anecdote racontée par Nokter n'a donc rien d'impossible historiquement. Sachant que des Madjous -a priori attirés par le commerce méditerranéen- étaient installés en Gascogne dès avant 793 et que Harald Hildetand avait rendu tributaires certaines régions, dont l'Aquitaine, jusqu'en Méditerranée dans les années 770, la présence d'une flotte scandinave en 800 en Méditerranée n'a rien d'incongru. Les Vikings étaient des commerçants et qu'ils visitent leurs partenaires commerciaux, sans tambours ni trompettes, est dans l'ordre des choses. Que cette flotte soit venue du Pays des Madjous Basque, "terre tributaire" des Danois et peuplée de commerçants attirés par le commerce méditerranéen transitant par Tarragone, est une hypothèse parfaitement envisageable.

Conclusion.

Il est possible que tous ces textes soient des faux. Il est vrai que Saxo Grammaticus et Nokter le bègue sont regardés avec beaucoup de méfiance, voire de mépris par les "historiens sérieux". Il est possible que la chronique de Lejre ait inventé les pays tributaires jusqu'à la Méditerranée, que Saxo ait fantasmé la présence en Aquitaine, il est possible que Nokter ait créé de toute pièce cette anecdote, il est possible que les textes arabes aient choisi de nommer Madjous des païens gascons, tout est possible, mais la question est de savoir pourquoi ces auteurs auraient inventé tout cela. Pour induire en erreur les historiens du XXe siècle ?

Honnêtement, nous ne croyons pas à la théorie d'un complot européen impliquant Scandinaves Arabes et Francs pour inventer une présence fictive de Scandinaves au sud de la Loire avant la sacro-sainte date de 793. La découverte des bateaux de Salme démontre que l'âge viking, celui des expéditions outremer, a commencé longtemps avant 793 : il est temps de reprendre toutes les sources antérieures à cette date pour les étudier sans a priori.

Ce qu'il y a de certain, c'est que la présence de ces madjous en Gascogne un demi-siècle avant le début des invasions n'est pas prise en compte par Stephen Lewis, ce qui est dommage pour un chercheur sensé avoir étudié tous les textes de la période concernant l'Aquitaine. Quant à son postulat que les Vikings n'ont jamais été intéressés par la Gascogne, il est d'emblée remis en question par cet oubli majeur de sources capitales. Nous considérons que cet oubli initial affaiblit grandement la thèse de Stephen Lewis et conditionne sa lecture des sources, puisqu'à aucun moment il n'envisage la présence scandinave en Gascogne. Or, Stephen Lewis ayant lu mes ouvrages comme -l'indique sa bibliographie-, c'est délibérément qu'il fait l'impasse sur ces sources.

Quant à l'attitude qui consiste à considérer que la "recherche espagnole", confiante dans son "intime conviction", ayant "classé sans suite" le dossier Madjous au Pays Basque, aucune autre lecture ne serait possible, c'est faire confiance à un argument d'autorité dont la faiblesse historique est criante. Comme Melvinger et Erkoreka, nous considérons que ces madjous de 795 pourraient bien avoir été des Scandinaves et, plutôt que de rejeter l'information, essayer de comprendre qui ils pouvaient être et les raisons de leur présence aurait été assez constructif.

Dans notre prochain article, intitulé "la vraie fausse invasion de la Gascogne", nous étudierons l'invasion de la Gascogne que Stephen Lewis traite dans un chapitre intitulé "les opérations en Gascogne : la création d'un mythe ?" qui dit tout de sa position.

 

1J. Supéry, Une non-histoire des Vikings, Academia, 3 mars 2021, note de lecture critique de son ouvrage, Histoire des Vikings, Taillandier, 2019.

2J. Supéry, Analyse détaillée des propos d'Alban Gautier évoquant la Saga des Vikings, Academia, 11 mars 2018 ; Une principauté viking en Gascogne: imposture ou pragmatisme ? Academia, 16 décembre 2018.

3George-Bernard Depping, Histoire des expéditions maritimes des Normands et de leur établissement en France au dixième siècle , Didier, Paris, 1843

4 Roger Collins, The Basques, Blackwell, 1990, p. 132.

5Il est peu probable que le Duché de Gascogne fut une cible importante des attaques vikings, notamment parce qu'il comptait trop peu de cités et de monastères, première cibles des pillages [...] Par ailleurs, les dunes de sable des Landes et les vallées des Pyrénées représentaient un territoire moins approprié au tactiques vikings et à leur goût".

6 Jules Michelet, Histoire de France, tome I, 1869. Réédition Les Equateurs, 2013, p.287.

7 Bernard Saint Jours, Port d'Albret, Vieux-Boucau, l'Adour ancien et le littoral des Landes, 1900. p. 130

8Lewis, Concluding remarks, p. 727.

9 Ibn Idhari est un historien maghrébin dont on sait seulement que l’œuvre n’était pas encore terminée en 1312. Son ouvrage historique que les érudits appellent de son nom arabe « al Bayan » ne nous est arrivé que par bribes.

10 Ibn Idhari, Al-Bayano'l-Mogrib..., t.II, p.101-102. In Philippe Sénac, Charlemagne et Mahomet, Folio Histoire 2015. p.139.

11 Ibn Idhari, in Alberto Perez de Laborda, Guia para la historia del Pais Vasco hasta el siglo IX, Editorial Txertoa, San Sebastian, 1996. "Alli le llego la noticia de que Alfonso reunia a la gente de su pais y habia pedido ayuda a los vascones y a las gentes de aquella comarcas que eran vecinas, los mayus (sic) y a otros [...]". p. 350.

12 Ibn Al Athir. Son père s’illustrait dans la politique, ses frères dans les études religieuses, juridique et la critique littéraire. Il a participé aux croisades et rédigea toute son œuvre dans la ville de Mossoul où il dut mourir en 1233.

13 Ibn Al Athir, in Alberto Perez de Laborda, "En el ano h. 176, Abd al-malik ibn Mugit marcha con un grand ejercito sobre Astorga. Alfonso (II, el Casto) reune un ejercito y es ayudado por el rey de los vascones, que era su vecino y por los mayus que habitaban en la costa de esta region". p. 342-343.

14 Arne Melvinger Les premières incursions des Vikings en Occident d'après les sources arabes, I vol. in-8°, 206 pages, Uppsala, 1955. pp.116-128.

15 Alberto Perez de Laborda, Guia para la historia del pais Vasco hasta el siglo IX, Fuentes, textos, glosas, indices. Editorial Txertoa, San Sebastian, 1996.

16Reinhart Dozy, Recherches sur l'histoire et la littérature de l'Espagne pendant le Moyen-Âge, Leyde, 1881.

17E. Fagnan, Additions aux dictionnaires arabes, Alger, Paris, 1923.

18Claudio Sanchez-Albornoz, Asturias resiste. Alfonso el Casto salva a la Espana christiana, Revista de la Facultad de filosofia y lettras, Buenos Aires, Ano 5, Vol, 8. (1946), pp. 9-33.

19Sanchez-Albornoz, La Espana musulmana. Segun los autores islamitas y cristianos medievales, Buenos Aires, 1946. T.1, p.125

20Claudio Sanchez-Albornoz, L'Espagne musulmane, Publisud, 1985, p. 95.

21 Arne Melvinger, Les premières incursions des Vikings en Occident d'après les sources arabes, Upsala, 1955, p. 85

22 Karl Farrugia, Vikings Magians in Arabic sources from al-Andalus: revisiting the use of al-Majus in Muslim Spain, Master thesis in Viking and Medieval Studies, University of Oslo, 2020, 117 pages.

23 Ann Christys, The Vikings in the South, Bloomsbury, 2015, 134 pages, p. 19.

24 Anton Erkoreka, Los vikingos en Euskal Herria. Bilbao: Elkain. 1995. Los Vikingos en Vasconia in Los Vikingos en la Peninsula iberica, Fundacion Reina Isabel de Dinamarca, 2004. p. 13.

25 F. Clément, « La perception de l’Europe franque chez Bakri, XIe siècle », Le Moyen Âge, tome XCIII, 1987, pages 5-16

26 Robert Latouche, Les origines de l'économie occidentale, Albin Michel, 1956, p.199.

27Joel Supéry, La Saga des Vikings, une autre histoire des invasions, Préface Michel Onfray, Autrement, 2018.

28Karl Farrugia, Viking magians in Arabic sources from al-Andalus, University of Oslo, Spring 2020.

29 Visions of Community in the post-Roman World, ed. Walter Pohl, 2012, Clemens Gantner and Richard Payne, Ashgate, pp.447-

30Epalza, M. de (2008). Los mayüs («magos»): un hápax coránico (XII, 17), entre lo étnico y lo jurídico, hasta su utilización en al-Andalus. In M. H. de Larramendi & S. P. Martín (Eds.), El Corán ayer y hoy: Perspectivas actuales sobre el islam. Estudios en honor al profesor Julio Cortés (pp. 399–414). Berenice.

31 Andrew Curry, "The First Vikings", Archeology, a publication of the Archeological Institute of America, Jul/Aug, 2013.

32 Saxo Grammaticus, Gesta Danorum, Liber VII, X. p. 321.

33 Chronicon Lethrense, De antiquissimus Danie Regibus, IX. dans la seconde moitié du  XIIe siècle, probablement autour de 1170, par un moine de Roskilde et a précédé l'écriture de la beaucoup plus célèbre Gesta Danorum de Saxo Grammaticus, "Chronicon Lethrense," in Scriptores Minores Historiæ Danicæ, Vol. I, M. CL. Gertz, 1917-18, Copenhagen.

34 Mortua Asa, que patri Olauo successerat, rex Danorum factus Haraldus, qui et Hyldetan dicebatur; iste dominium habuisse dicitur, factis sibi tributarijs omnibus regnis usque ad mare mediterraneum.

35Nokter le Bègue, Des Faits et Gestes de Charles le Grand, roi des Francs et empereur par un moine de Saint Gall, p.173 in Collection des Mémoires relatifs à l'Histoire de France avec introduction par M. Guizot, Paris, 1824. p. 251.

36Annales Regni Francorum, 800, Ipse medio mense Martio Aquisgrani palatio digrediens, litus oceani Gallici perlustravit, in ipso mari, quod tunc piratis infestum erat, classem instituit, praesidia disposuit,

37 Annales Regni Francorum, 799. Insulae Baleares, quae a Mauris et Sarracenis anno priore depraedatae sunt, postulato atque accepto a nostris auxilio nobis se dediderunt et cum Dei auxilio a nostris a praedonum incursione defensi sunt. Signa quoque Maurorum in pugna sublata et domno regi praesentata sunt.

La prise de contrôle de la Gascogne, étude critique, 2

Etude critique de la thèse de Stephen Lewis, partie 2

La vraie fausse invasion de la Gascogne

Mythe ou histoire ?

Joel Supéry

21 juillet 2021 (Corrigé le 1 septembre 2021)

Introduction

Depuis quinze ans, plusieurs historiens m'accusent d'avoir fantasmé la présence viking en Gascogne, mais aucun n'a véritablement accepté la discussion, c'est normal : aucun universitaire n'ayant jamais étudié la période, personne n'avait idée de ce qu'il s'était passé dans la région.

Les choses pourraient changer : ce 10 juin 2021, Stephen Lewis vient de présenter une thèse qui est appelée à devenir la version officielle de l'université. En étudiant ce "sujet vierge", Stephen Lewis avait l'opportunité de produire un travail de référence, de faire avancer la connaissance et de révolutionner notre vision du phénomène viking. Malheureusement, notre sentiment est qu' il s'est contenté de répéter les positions de ses aînés. Ce choix apparaît tout au long de cette thèse. A nos yeux, Stephen Lewis n'a pas produit un travail objectif et exhaustif, mais une synthèse téléologique dont l'objectif n'a pas été de savoir ce qu'ont fait les Vikings en Aquitaine, mais de rejeter l'idée d'une présence scandinave en Gascogne. Cette approche, déjà perceptible lors de l'inventaire des premières mentions, devient flagrante dans son traitement de l'invasion de la Gascogne. Il va l'aborder dans un chapitre intitulé "Les opérations en Gascogne : la création d'un mythe ?" D'emblée, la position de Stephen Lewis est claire. "Sur la base de quelques chartes gasconnes tardives et très douteuses ou peu fiables/hypothétiques et d'histoires légendaires, certains éminents historiens gascons ont essayé au cours des siècles d'affirmer qu'il y avait une présence de Scandinaves en Gascogne pendant plusieurs décennies, à partir de l'an 840".1 "En tant qu'historien plutôt critique, mais peut-être pas hyper-critique, je suis obligé de conclure qu'il n'y a tout simplement aucune preuve fiable d'une présence significative et de longue durée des hommes du Nord à Bayonne ou ailleurs en Gascogne au IXe siècle (ou d'ailleurs au Xe siècle), ni de leur dévastation de presque toutes les villes de Gascogne."2

Evidemment, la manière dont il traitait les "chartes gasconnes tardives et très douteuses" m'intéressait au plus haut point. Deux sources principales vont être largement étudiées par Stephen Lewis : l'Opus De Gestis Tholosarum et le Fragment de Lescar. Toutes deux évoquent une invasion de la Gascogne, datée de 840 par la De Gestis Tholosarum. Stephen Lewis va démontrer que les deux sources, tardives et donc suspectes, loin de se recouper, ne font que se répéter et ne prouveraient donc rien. Le seul problème est que Stephen Lewis va ignorer plusieurs autres sources gasconnes et non-gasconnes qui elles aussi évoquent ou suggèrent l'invasion de la Gascogne. Or, évidemment, en mettant de côté trois-quarts des sources à disposition, on réduit grandement les chances de recoupement et donc de validation de l'information.

Nous verrons donc dans un premier temps comment Stephen Lewis interprète les documents qu'il retient et dans un second temps, lister les documents gascons et non gascons qu'il choisit d'ignorer.

1 - Des sources gasconne douteuses : la Gesta Tholosarum et le Fragment de Lescar.

C'est Pierre de Marca qui dans son Histoire de Béarn de 1640 va rapporter la plupart des témoignages relatifs à cet événement. Il va évoquer De Gestis Tholosarum publiée en 1515 par le toulousain Nicolas Bertrand et un document qu'il nomme Cartulaire de Lescar. Il estime que les deux sources évoquent un même événement, l'invasion de la Gascogne par les Normands. Or, d'après Stephen Lewis, ces deux documents ne se recouperaient pas, mais procéderaient l'un de l'autre. Ils n'auraient donc aucune valeur probante.

De Tholosarum Gestis

Nicolas Bertrand, l'auteur de De Gestis Tholosarum, évoque : "Dux interea potentissimus extitit Vasconiæ nomine Totilus, qui super universam Vacceorum gentem, non exigue tempore strenuissime tenuit principatum. Anno autem sui ducatus 28. indictione 4. quinto nonas mayas sol eclipsim passus, mox futuras esse prænunciavit commotiones regnorum et dispersiones gentium".3 « Une importante incursion normande [eut lieu] la vingt-huitième année du règne de Totilon, la quatrième année de l'indiction, où une éclipse de soleil s'est déroulée le 5 des nones de mai... A cette époque, les pays de Gascogne furent ravagés et anéantis."4 D'entrée, Stephen Lewis constate que Nicolas Bertrand commet une erreur grossière, ce qui évidemment est de nature à discréditer son témoignage. Nicolas Bertrand situe l'invasion et l'éclipse à "la quatrième année de l'indiction", c'est-à-dire en 841, alors que l'eclipse a eu lieu à la troisième année de l'Indiction en 840, le 5 mai. Aux yeux du pointilleux exégète, cette erreur jetterait le discrédit sur cette source.

Autre problème, Nicolas Bertrand ne cite pas ses sources. L'historien Dom Brugelès5 évoque une charte de Bigorre disparue comme source principale de Nicolas Bertrand, mais Nicolas Bertrand ne dit rien à son sujet. Renée Mussot-Goulard6 suggère un "cartulaire de Tarbes" non moins énigmatique. Stephen Lewis reprend sur ce point l'argumentation du médiéviste aquitain Frédéric Boutoulle: ‘Ni dans cet extrait ni dans son prologue N. Bertrand ne les évoque, pas même un hypothétique cartulaire de Tarbes auquel renvoie pourtant R. Mussot-Goulard ... ‘Tout cela ne peut que nous rendre circonspects face aux faits rapportés par N. Bertrand."7 Stephen Lewis admet cependant que Nicolas Bertrand a dû puiser dans une source inconnue : "Il a sans doute fait des emprunts à diverses sources et traditions antérieures obscures et totalement anonymes".8 Malgré ce constat, il se range à l'avis de Ferdinand Lot qui écrivait: "Nous sommes en face d'une imposture de Nicolas Bertrandi qui est un mystificateur, et la simple lecture de ses élucubrations prétendues historiques aurait dû en avertir... Je ne pense pas qu'aucun érudit de Gascogne se fasse aujourd'hui d'illusion sur son De Tolosarum Gestis."9 Dans un premier temps, Stephen Lewis admet que Bertrand puise sa connaissance dans des "sources obscures et anonymes", mais considère néanmoins Bertrand comme un mystificateur. Cela nous semble pour le moins contradictoire.

La geste des Toulousains est "la Légende la plus grotesque et la la plus fabuleuse du Moyen-Âge" proclame Jean-François Bladé, farouche adversaire de toute présence scandinave.10 Stephen Lewis apprécie beaucoup le travail de Bladé puisqu'il écrit : " J.-F. Bladé est beaucoup plus explicite et accablant. Il soutient que le texte de Bertrand est sa propre création et un pastiche, et il donne de nombreuses raisons convaincantes qui l'ont conduit à cette conclusion que je ne répéterai pas ici." Plus loin, Bladé conclut que "le récit de Bertrandi n'est qu'un tissu de mensonges". Stephen Lewis adhère à ce verdict : "La critique générale de Bladé est plutôt convaincante même si, à mon avis, il aurait pu aller plus loin."11 Sachant la réputation sulfureuse de Bladé, il est dommage que Stephen Lewis se soit contenté de répéter l'opinion de ce facétieux personnage haut-en-couleurs et réputé pour sa mauvaise foi et ses canulars. On ne peut que s'étonner de ce que Stephen Lewis, si critique à l'égard des écrits de la médiéviste Renée Mussot-Goulard, se montre si peu critique à l'égard de ceux de Jean-François Bladé un folkloriste qu'aucun historien n'a jamais pris au sérieux.

Lewis conclut qu'il est impossible de reconstituer la manière dont Bertrand a construit son témoignage et que donc celui-ci serait sans valeur probante. Il trouve sa caution scientifique chez Bladé : ‘Il suffit d’ouvrir le livre de Bertrandi pour se convaincre que, sous l’influence d'un patriotisme de clocher, ce Toulousain s’épanche souvent, dans le latin pseudo-cicéronien de son temps, en toutes sortes d’imaginations extravagantes. Tel est évidemment son récit en ce qui concerne la dévastation de la Gascogne par les Normands."12 Et Lewis de conclure : "Je ne pense donc pas que la concoction du seizième siècle de Nicolas Bertrand doive vraiment être utilisée comme preuve d'une désolation et d'une destruction étendue de la Gascogne au milieu du neuvième siècle."13

Personnellement, je trouve dommage qu'un universitaire s'appuie avec autant d'insistance sur les élucubrations à la mauvaise foi légendaire de Jean-François Bladé. Certes, le témoignage de la Geste n'est pas un témoignage de première main -personne ne le conteste- et il ne pèse pas plus lourd que celui d'un manant face à celui d'un seigneur, mais il existe et s'il est recoupé par un autre témoignage, il peut gagner en crédibilité. C'est ce que considérait Pierre de Marca en 1640 lorsqu'il remarquait que les écrits de Nicolas Bertrand étaient recoupés par une autre source, le cartulaire de Lescar, que Stephen Lewis choisit, avec beaucoup de pertinence, de renommer Fragment de Lescar.

Le Fragment de Lescar.

Pierre de Marca dit avoir trouvé ce témoignage dans "un cartulaire de Lescar (typiquement perdu maintenant)" selon les mots de Lewis. Le fait est que beaucoup de chartes d'Aquitaine ont disparu au cours de la Guerre de Cent Ans, des guerres de religions et de la Révolution. A cela, on peut sans doute ajouter un "nettoyage" par des érudits comme Bladé qui considéraient que les textes évoquant les hommes du Nord en Gascogne étaient par définition des forgeries et devaient être détruits. "Post obitum B. Galactorii episcopi et martyris extitit quædam gens Gundalorum, et destruxit omnes civitates Gasconiæ, et corpora sanctorum quæ invenit destruxit, et subvertit flammis et igne: has civitates quæ destructæ fuerunt fuit, Aquis, Lascuris, Oloren, Ecclesia Tarbæ, civitas Auxiensis, civitas Elicina, metropolitana, Cosorensi, Convenasi, Lactoren, Sotiense, Basatense, Laburdensi, et sedes Vasconiæ fuerunt in oblivione multis temporibus quia nullas episcopus in eas introivit."14 Stephen Lewis nous rapporte la traduction de Bladé : "Après la mort du bienheureux Galactoire, évêque de Béarn, district qui devint plus tard le diocèse de Lescar, la nation des Gundales (gens Gundalorum) ruina toutes les cités de Gascogne (Gasconiæ), et détruisit par le feu les reliques des saints. Parmi les cités alors anéanties, notre texte nomme Dax (Aquis), Lescar (Lascurris), Oloron (Oleron), l’église de Tarbes (ecclesia Tarbæ), Auch (civitas Auxiensis), la métropole d’Eauze (civitas Elicina metropolitana), les sièges des diocèses de Couserans (Cosorensi), de Comminges (Convenasi), Sos (Sotiense), le diocèse de Bazas (Basatense) et celui de Labourd (Laburdensi). Ainsi, les sièges des évêchés de Gascogne (sedes Gasconiæ) demeurèrent longtemps dans l’oubli (in oblivione multis temporibus), car aucun évêque n’y pénétra.15 On remarquera que Bladé ajoute " évêque de Béarn, district qui devint plus tard le diocèse de Lescar" ce qui n'apparaît nullement dans le texte ! En matière de rigueur scientifique, il y a mieux, surtout de la part de quelqu'un qui se montre tellement cinglant envers les autres. Marca note : "Cette narration asseure que les Normans après avoir manqué leur entreprise sur Bourdeaux ruinèrent les cités de Gascogne Basas (Bazas), Sotie (Sos) ou Ayre (Aire-s/Adour), Laictoure (Lectoure), Acqs (Dax), Tarbe de Bigorre (Tarbes), Labour (Bayonne), Oloron et Lascar (Lescar) et que le duc Totilus après avoir été battu en deux combats, les défit et les chasse entièrement de Gascogne".16 Pierre de Marca estime que "l’ancienne Charte de Lescar […] tesmoigne que les Normans ruinerent les Douze Cités, de la Nouempopulanie’, et que ‘La veille Charte de Gascogne alleguée par Nicolas Bertrandi en l’histoire de Toulouse, se conforme à celle de Lascar; & rapporte que les Danois ruinerent les Cités de Gascogne,’ qu'il liste"17.

Lewis s'étonne que Pierre de Marca ne s'intéresse par à Galactoire, évêque du VIe siècle, ni aux Gundalorum, deux éléments qui peuvent faire douter de la crédibilité de cette source. Comme Marca, nous estimons que ces étalements de savoir pompeux font partie d'un style monastique ampoulé, mais qu'ils ne préjugent en rien de la réalité des faits évoqués. Marca note que les cités ravagées ne sont pas les mêmes dans la Geste et dans le Fragment de Lescar, ce qui, à ses yeux, démontre leur indépendance. Mais Bladé -toujours lui- considère : "Selon toute apparence, Bertrandi n’a fait, au contraire, que paraphraser longuement le court passage dudit cartulaire de Lescar". Cette opinion, sans surprise, convainc Stephen Lewis. "L'argument de Bladé pour cette filiation est assez convaincant, mais je ne le répéterai pas en détail ici".18 On remarquera que Stephen Lewis n'est pas à une contradiction près puisqu'il admet dans un premier temps que Nicolas Bertrand puise dans des "sources obscures et inconnues" avant de se rallier à l'opinion de Bladé et d'identifier ces "sources obscures et inconnues" comme étant le Fragment de Lescar...

Stephen Lewis conclut que ces deux textes ne sont pas indépendants et que loin de recouper l'information, ils seraient issus tous deux d'une même source. "En résumé, nous devons rejeter l'affirmation de Marca selon laquelle le Fragment de Lescar fournit un soutien indépendant à l'histoire de la destruction de presque toutes les cités épiscopales gasconnes." 19 Et comme l'un est l'autre sont suspects, ils n'ont aucune valeur. Stephen Lewis suit Bladé dans sa "démonstration" sans jamais émettre le moindre doute. Nous préférons l'approche de Pierre de Marca: ces deux sources, malgré leurs imperfections, sont logiquement indépendantes et décrivent un même événement, qui aurait eu lieu, probablement en 840. C'est d'autant plus probable que d'autres textes gascons et non-gascons, oubliés par Stephen Lewis dans son énumération, évoquent un tel événement.

2 - Les sources gasconnes oubliées.

Il existe très peu de sources gasconnes relatives aux IXe et Xe siècles, tellement peu que les historiens aquitains avouent ne jamais avoir étudié la période faute de matière première. Quand on manque à ce point de sources, plutôt que de rejeter les sources suspectes - présumées coupables dans l'esprit de la plupart des historiens- nous estimons qu'il est plus productif de les collecter toutes et d'en connaître l'existence quand bien même la provenance serait inconnue et donc "suspecte". En Droit, un suspect est présumé innocent et il y a des raisons à cela.

Or, parmi les sources évoquant les Vikings en Gascogne, Stephen Lewis comme ses prédécesseurs, a d'autorité écarté plusieurs sources, dont une est, à nos yeux, très intéressante pour plusieurs raisons : elle conforte les deux premières sources évoquées, elle est très précise concernant le déroulé de l'attaque, enfin, elle est considérée comme un faux, une falsification élaborée l'année de sa découverte en 1810, raison pour laquelle les historiens la rejettent sans jamais l'étudier.

L'oubli de la Charte de Lobaner20.

En 1810, l'Empire est à son apogée. Le château médiéval de Mont-de-Marsan est démoli pour laisser place à la ville moderne. Dans les fondations de la forteresse, on découvre cinq parchemins dont les découvreurs oublient de dire dans quel contenant ils se trouvaient. Ils avaient été rédigés et emmurés là lors de la dernière réfection du château en 1400. Trois de ces chartes étaient des copies d'actes de 1141, relatifs à la fondation de la cité. Une quatrième constatait la création de ces copies. La cinquième qui nous intéresse est plus ancienne. Il s'agissait de la copie d'une charte rédigée autour de l'an Mil -en 1012- à la demande du comte Lobaner. Elle résumait les écrits de Pierre, évêque de Dax, en poste en 840, date à laquelle se produisent les faits rapportés. Ce texte serait donc contemporain des événements, mais aurait pu être altéré lors d'une première transcription en 1012, puis d'une seconde en 1141, et d'une troisième en 1400. Il décrit une offensive scandinave qui débute au printemps 840 par une attaque avortée contre Bordeaux et se poursuit dans toute la Gascogne où les cités chutent les unes après les autres jusqu'à une ultime bataille à Mont-de-Marsan. Le Préfet Duplantier, qui supervise la démolition du château, récupère les documents. Cette charte copiée en 1400 fut aussitôt considérée comme authentique par le savant M. Ducourneau de Caritz, mais certains s'étonnèrent que les chartes aient été écrites par une même main (ce qui est pourtant logique puisqu'elles ont toutes été recopiées en 1400). Certains conclurent à l'oeuvre d'un faussaire et accusèrent le préfet Duplantier d'en être l'auteur. Le Préfet préfèra ne pas insister ce qui fut considéré comme un aveu de culpabilité par ses accusateurs. Les années 1810 étaient dominées par les combats des troupes napoléoniennes en Espagne et les chartes furent oubliées. Elles disparurent pendant trois décennies jusqu'à ce qu'on les retrouve dans une armoire de l'Hôtel de ville en 1841. Leur étude reprend et de nouveau, on s'enthousiasme pour ces écrits. Mais en 1861, Jean-François Bladé21, toujours lui, érudit fantasque et farouche adversaire d'une quelconque invasion scandinave, inconnu et soucieux de se faire un nom, prend sa plus belle plume et démontre que le document est un faux. L'analyse de Bladé est cinglante. Le style du texte est douteux et le mystificateur commet des erreurs grossières. Le texte parle de "consuls" de la ville alors qu'en Gascogne, on les nommait "jurats". Le document évoque les "Monts ibériens" pour désigner les Pyrénées et les "Nordhoms" pour qualifier les Normands, des termes jamais utilisés par ailleurs. Bladé affirme détenir la preuve de la falsification : le faussaire commet une erreur grossière en plaçant l'embouchure de l'Adour à Capbreton, alors qu'elle se trouvait à Bayonne selon un "passage authentique" (sic) de la Légende de Saint Léon. "De ce dernier document il résulte , à n'en pas douter, que les pirates avaient un poste dans cette ville [...] Or, les habitudes des anciens Normands sont connues ; c'était à l'entrée des fleuves qu'ils établissaient leurs campements [...] Si les bourreaux de saint Léon étaient établis à Bayonne, c 'était bien par là que le fleuve se déversait dans la mer [...] “. La "démonstration" est imparable... La "démonstration magistrale" de Bladé emportera l'adhésion de tous ceux qui refusaient de considérer une éventuelle invasion. En 2018, Alban Gautier était convaincu par son illustre collègue : "Pour être allé lire la démonstration, j'y vois pour ma part l'effet de la solidité (sic) des conclusions de Jean-François Bladé! En écrivant cela, je ne me réfugie pas paresseusement derrière un argument d'autorité, je reconnais la qualité du travail (sic) accompli par un prédécesseur sur lequel je me fonde pour travailler à mon tour".22 En 2021, Stephen Lewis est à son tour, et sans surprise, convaincu... On sait aujourd'hui que l'embouchure de l'Adour se trouvait bien à Capbreton jusqu'au 14e siècle. Le mystificateur de 1810 disait vrai.

Par ailleurs, Bladé dans son argumentation maladroite se réfère à un "passage authentique" de la Légende de Saint Léon mentionnant la "présence d'un poste normand" à Bayonne en 892, un demi-siècle après l'invasion de 840. Quel genre de poste ? D'où sortaient ces Scandinaves ? S'agissait-il de Madjous ? Bladé n'en a aucune idée et ne cherche pas à le savoir. Quant à Stephen Lewis, il préfère ne pas suivre Bladé sur ce point : " Je suis obligé de conclure qu'il n'y a tout simplement aucune preuve fiable d'une présence significative et de longue durée des hommes du Nord à Bayonne".23

La démonstration de Bladé ne peut convaincre que les convaincus. Lewis, comme son collègue Alban Gautier avant lui, considère que Bladé est un auteur "crédible" et que son diagnostic historique a définitivement discrédité cette charte. Pour nous, il s'agit d'une Tartufferie.

D'autant que cette charte évoque deux informations capitales que personne n'a relevées. La première concerne la provenance des assaillants : les assaillants ne seraient pas venus de Scandinavie, mais de la côte gasconne. Le texte parle de "Ceux dont les vaisseaux étaient dans la baie de Mimisan" et de " ceux qui étaient à l'extrémité des terres". Ces deux groupes sont localisés pour l'un à Mimizan dans le Pays de Born, pour l'autre dans le Médoc. Si l'évêque de Dax connait leur origine géographique, c'est probablement parce que ces sites étaient entre leurs mains de longue date. Le texte stipule d'ailleurs que les païens " s'emparèrent des bayes à l'extrémité des terres et de Mimisan parce qu'on ne reçut pas de secours des auxiliaires d'Aquitaine". En d'autres termes, si on avait reçu les secours des "auxiliaires d'Aquitaine" -troupes basées sur la rive droite de la Garonne-, on aurait pu empêcher les hommes du Nord de s'emparer de ces terres. Cela suggère bien qu'on savait qu'ils disposaient là de bases, et qu'il aurait été possible de les empêcher de s'emparer de la région. Ce texte dit clairement que les conquérants de la Gascogne ne venaient pas de Scandinavie, mais étaient installés sur les côtes de la région. Il s'agit a priori des madjous évoqués par Ibn Al Athir en 795. L'autre élément surprenant est celui-ci : " ils se séparèrent en deux troupes, assaillirent Benarna (Lescar) et Ituram (Oloron), après avoir livré combat aux vicomtes de Dax, Tartas et Béarn et introduit des auxiliaires dans les monts ibériens." Les Normands auraient "introduit des auxiliaires dans les monts ibériens." C'est logique: les Madjous du Pays basque étaient des commerçants et ils regardaient les cols pyrénéens comme des accès vers la riche Espagne et la Méditerranée.

Or, ces deux éléments : leur origine côtière et leur intérêt pour les "monts ibériens" sont totalement contraires à l'idée qu'on se fait des Vikings en 1810. Depuis toujours on répète que les Vikings sont des pillards qui viennent de Scandinavie pour des raids saisonniers et qu'ils se contentent de ravager les berges des fleuves. "Sans son bateau, le Viking n'existe pas" écrivait Régis Boyer. En expliquant qu'ils ont des bases sur la côte et s'intéressent aux Pyrénées, le chroniqueur donne des informations que même Pierre Bauduin en 2021 ne peut pas croire. Pourquoi un escroc de 1810 aurait-il inventé deux informations tellement contraires au discours officiel ? L'objectif d'un escroc est d'être cru. Or, l'auteur de la charte de Lobaner donne des informations incroyables. Soit c'est un escroc complètement stupide qui n'a pas l'ambition d'être cru, soit la charte décrit une part de la réalité.

Personnellement, nous considérons cette charte de Lobaner comme une source recoupant la Gesta Tholosarum et le Fragment de Lescar. On notera que la charte date précisément l'invasion :"Item. Et comme l'empereur Charles fut venu de vie à trépassement, les Normands vinrent en Aquitaine et apparurent le Premier avril, en l'année de l'incarnation huit cent quarante, avec un si grand nombre de vaisseaux et d'hommes que dire ne se peut." Il est intéressant de noter que le "faussaire" parle de la mort de Charlemagne, disparu en 814 et non de celle de Louis le Pieux en 840. Un élément de plus qui pourrait "discréditer" son témoignage aux yeux d'un censeur pointilleux. Mais pas autant que la date choisie par le facétieux faussaire : le premier avril!

Quand bien même, la charte de Lobaner serait un faux, il existe d'autres textes confortant l'invasion de la Gascogne.

La Chronique de Bazas et la lettre des moines de la Réole.

Le Fragment de Lescar livre une information capitale : " Les sièges des évêchés de Gascogne demeurèrent longtemps dans l’oubli car aucun évêque n’y fut nommé". Cette élimination des évêques souligne l'ambition des conquérants de prendre le contrôle politique du pays. Or, l'Eglise ne sera rétablie en Gascogne qu'en 985 après une dernière bataille remportée sur les Hommes du Nord en 982. Entre ces deux dates, la Gascogne disparait des tablettes de l'histoire. La Chronique de Bazas et la lettre des moines de la Réole sont des textes tardifs qui n'ont pas grande valeur historique. Leur seule qualité est d'exister et d'évoquer les hommes du Nord. La Chronique de Bazas commente : « Les destructions commises par ce peuple des plus barbares qu’on appelle vulgairement Normands, transformèrent presque toute la Gascogne en un désert total, après que les paysans eurent été tués ou chassés. » 24 En 1046, une lettre des moines de la Réole adressée au pape évoque : « Le monastère de Saint Pierre de La Réole a été détruit par les Normands, qui, étant entrés dans les terres, dévastaient cités et places fortes par le glaive et par le feu. »25

Ces textes tardifs expliquent les "pages blanches de l'histoire" constatées par les historiens aquitains. Les hommes du Nord ayant éliminé l'église de Gascogne, plus personne n'est en mesure de rapporter ce qu'il s'y passe. Si les Vikings ne sont pas présents en Gascogne, comment expliquer que l'on dispose de si peu de documents, de chartes et d'actes notariés pour la période ? La présence viking est la seule explication logique aux "pages blanches" constatées par les historiens aquitains.

La chronique de Guîtres

La Chronique de Guîtres26 est une compilation anonyme dont on connait deux versions écrites aux XVe et XVIe siècles. C'est un texte tardif évoquant les Vikings en Aquitaine, il est donc suspect et doit être écarté. Nul doute que si ce même texte avait affirmé que les Vikings ne s'étaient jamais installés en Aquitaine, il aurait été brandi avec ferveur par Bladé et ses suivants pour démontrer la justesse de leurs propos. Guîtres se trouve sur l'Isle, un affluent de la Dordogne en Aquitaine.

"Lorsque plus tard, les Goths et les Normands arrivèrent par mer sur des embarcations et remontèrent jusqu'ici, ils livrèrent cette île à une dévastation complète et, pénétrant par plusieurs ports, ils couvraient l'honor de Fronsac et le territoire compris entre l'Isle et la Dordogne, comme une nuée de sauterelles; ils rasèrent les fortifications et en élevèrent de nouvelles. " On retrouve la rhétorique religieuse "nuée de sauterelles", mais aussi une information très claire : "ils rasèrent les fortifications et en élevèrent de nouvelles". Le fait de raser des fortifications est assez prévisible : des pillards peuvent avoir intérêt à désarmer leurs adversaires. Par contre, "créer de nouvelles fortifications" n'a de sens que s'ils s'installent et entendent contrôler politiquement et militairement une région. Ce texte, comme le Fragment de Lescar, ne décrit pas une attaque de pillage, mais une prise de contrôle militaire de la région. Or, Stephen Lewis est de ceux qui considèrent que les Vikings, vulgaires pillards, se contenteront de traverser le pays sans jamais chercher à y rester. Cette chronique qui évoque de "nouvelles fortifications" est nécessairement un faux puisqu'elle évoque un fait absurde : une ambition politique en Gascogne. Stephen Lewis décide comme les deux précédentes de l'ignorer.

Historia Monasteria Condomiensis vers 1020

Cette source évoque également l'abandon dans lequel sombre la Gascogne. "Post mortem enim Lodovici Pii, ejus inter se dissidentibus filiis & intestina clade certantibus, gentes perfidæ & cultibus adhuc dæmonam irretitæ, Sclavorum videlicet, Normannorum atque Hunnorum, occasione accepta, suæ claustra habitationis irrupterunt, & per intervalla temporum sibimet succedentes non nullas Galliæ provincias invaserunt, cædibus & rapinis, ferro & flammis universa vastantes. Porro Normannorum perfidiam tanto amplius experti sunt Aquitani & Guascones, quanto semper Deum ad iracundiam provocaverunt peccantes. Nam urbes eorum potentissimæ tunc desolatæ sunt, oppida subversa sunt, loca populosa ad erenum redacta sunt, & habitacula Deo sacrata, juxta illud Pfalmistæ, in pomorum custodiam posita sunt".27 "Après la mort de Louis le Pieux, ses fils se querellant et se livrant une guerre intestine, des peuples perfides, voués au culte des démons, à savoir les Slaves, les Normands et les Huns, saissant l’occasion, sortirent de leurs résidences et à plusieurs reprises, envahirent diverses provinces de Gaule, dévastant tout par le fer et le feu, le vol et le pillage. Aquitains et Gascons connurent amplement la perfidie des Normands parce que, par leur péché, ils avaient attiré la colère de Dieu. Leurs villes puissantes sont désolées, leurs oppida démantelés, leurs lieux habités retournés au désert et les sanctuaires de Dieu, selon la parole du psalmiste ne sont plus voués qu’à la garde des vergers."

Bien que pris en compte par Stephen Lewis, ce texte n'est pas pris au sérieux. Il faut dire que Pierre Bauduin, maître de thèse de Stephen Lewis, n'a pas une très haute opinion des sources aquitaines. Dans son Histoire des Vikings parue en 2019, il écrivait :  « Chroniques et chartes des communautés de l’Aquitaine attribuèrent aux Vikings des destructions qui visiblement (sic) ne leur étaient pas imputables28 [...] Il apparaît évident (sic) que l’infestatio paganorum fut un motif invoqué pour justifier ou autoriser un transfert motivé pour des raisons moins avouables de patronage politique. »29 En d'autres termes, les témoignages aquitains seraient tous mensongers. Nous avons fait savoir à Pierre Bauduin que ses certitudes -"visiblement", "évident"- sont étonnantes dans la mesure où les historiens aquitains avouent n'avoir jamais étudié la période faute de sources30. Nous espérons seulement que Pierre Bauduin ne s'est pas fondé sur la thèse en cours de son protégé pour affirmer cela, car alors, sa source principale serait le "très respectable" Jean-François Bladé. Il est vrai que ces sources gasconnes sont "suspectes" au regard des règles émises par Mabillon et théorisées par Seignobos, mais le fait qu'elles soient concordantes et que les historiens soient incapables d'expliquer comment les Gascons auraient réussi à empêcher les hommes du Nord de s'emparer de leur pays -autrement que par une miraculeuse protection naturelle-, nous invite à leur accorder quelque crédit et certainement pas à les rejeter comme le fait Stephen Lewis. L'avantage de retenir l'hypothèse d'une présence scandinave c'est qu'elle expliquerait pourquoi l'histoire de la Gascogne se résume à une page blanche. A la différence des Gascons, les Scandinaves n'étaient pas des adeptes de l'écrit. L'hypothèse de l'invasion est d'autant plus légitime qu'il existe des sources non-gasconnes qui évoquent elles aussi cette invasion.

3- Les sources non-gasconnes oubliées.

Parmi ces sources non gasconnes oubliées, Stephen Lewis en cite pourtant deux, qu'il regarde comme des sources "sûres" : la chronique de Fontenelle et les Annales de Saint Bertin sans se rendre compte qu'elles se recoupent sur la présence viking en Gascogne en 840.

La chronique de Fontenelle.

‘Anno 851: Classis Normannorum fluvium Sequanam ingressa est ipsa die 3 id. Octobris, dce Hoseri qui aliquot ante annos Rotomagnum urbem depopulareut ac incendio cremaret, id est 841 et per annos undecim multas regionis latrocindando occuparet, inter quas est urbem Burdegalim munitissinam, caput regionis novempopulanae de qua tunc progressus fuerat.’ 31 Frédéric Boutoulle commente: "Si la source [la Chronique de Fontenelle] désigne un chef normand ayant attaqué la ville [Bordeaux], Asgeirr, la chronologie qu’elle pose soulève quelques problèmes, puisqu’elle fait remonter à 840 ou 841 ses déprédations en Gascogne, ce qui n’est pas recoupé (sic). L’annaliste ne fait-il pas plutôt référence au siège et à la prise de 848 intégrés dans un ensemble des onze années précédant 851"32. Frédéric Boutoulle annonce que les "déprédations en Gascogne" en 840 ne sont pas "recoupées". Pour avoir écrit une note sur cet article, j'affirme que s'il n'y a pas eu recoupement, c'est tout simplement parce que, comme Stephen Lewis, Frédéric Boutoulle a ignoré certaines sources dans son inventaire33. La Chronique de Fontenelle désigne Asgeir comme un des acteurs de ces déprédations en Aquitaine. Il se trouve que cette information semble recoupée par une autre source fiable: les Annales Bertiniani.

Les Annales de Saint Bertin et l' "Oceano euripo".

Celles-ci notent en 841 :"Pyratae Danorum ab Oceano euripo deuecti Rotumum irruentes, rapinis, ferro ignique bacchantes urbem, monachos reliquumque uulgum uel cedibus uel captiuitate pessumdederunt et omnia monasteria seu quaecumque loca flumini Sequanae adherentia aut depopulati sunt aut multis acceptis pecuniis territa reliquerunt".34 Stephen Lewis reprend la traduction de Janet Nelson35: " Les pirates danois descendirent la Manche et attaquèrent Rouen, ravagèrent la ville par le pillage, le feu et l'épée, massacrèrent ou firent prisonniers les moines et le reste de la population, et mirent à sac tous les monastères et autres lieux le long des rives de la Seine, ou bien prirent des paiements plus importants et les laissèrent complètement terrifiés."36 Stephen Lewis constate : " Janet Nelson traduit le terme ab Oceano euripo par "en descendant la Manche", ce qui signifie que ces "pirates" ont navigué "en bas" du détroit de Douvres, que les Français appellent le détroit du Pas-de-Calais. Simon Coupland est du même avis et affirme qu'ils venaient de la "mer du Nord".37 Nous avouons notre perplexité devant cette traduction qui permet à Stephen Lewis -mais aussi à Janet Nelson et Simon Coupland- de faire venir les pirates du Nord de l'Europe. La Manche, comme toutes les manches, a deux entrées. Au nord sur la mer du Nord, c'est le détroit du Pas-de-Calais, à l'ouest, c'est l'ouverture océanique entre Cap Finistère et Cap Lizard. "Oceano euripo" se traduit littéralement par le "détroit de l'Océan". Il désigne de manière incontestable le passage par l'ouest38. Contrairement à ce qu'affirme Janet Nelson, ce texte dit que les Vikings sont venus de l'ouest et non du Nord. Stephen Lewis pourtant si attentif aux traductions approximatives de Renée Mussot-Goulard se montre d'une mansuétude remarquable avec celle de Janet Nelson. Peut-être parce que cette traduction l'arrange. Si la flotte vient de l'ouest, elle a deux provenances probables: l'Irlande ou l'Aquitaine. Or, la chronique de Fontenelle suggère que l'Aquitaine a été attaquée dans sa partie inférieure -la Novempopulanie, autre nom de la Gascogne- par Asgeir lui-même dans les onze année précédent l'attaque de 851. Nous considérons que Chronique de Fontenelle et les Annales de Saint Bertin indiquent clairement qu'Asgeir venait de l'ouest, logiquement de Novempopulanie où il aurait opéré avant 841, ce qui constituerait un premier élément "recoupant" l'invasion supposée mythique de la Gascogne en 840. Le simple fait que Stephen Lewis choisisse de ne pas voir cette information capitale donnée par des sources qu'il considère fiables et accepte la traduction contestable de Janet Nelson questionne sur l'objectivité de son travail. A la différence de Janet Nelson qui ignorait l'existence d'une possible invasion de la Gascogne en 840 et donc allait naturellement faire venir Asgeir du Nord, Stephen Lewis était parfaitement au courant de cette possibilité, il avait donc les moyens de questionner cette traduction ce qu'il s'empresse de ne pas faire.

Adrevald de Fleury

Cet auteur ne parle pas de la Gascogne à proprement parler, mais du royaume d'Aquitaine, dont la Gascogne constitue la partie australe. "Quid Aquitanicae gentis ingentem referam afflictationem, quae olim bellorum nutrix, nunc frigidam bello praeferat dextram, suisque orbata luminibus, ducibus egeat aliensis? Etenim ipsa quoque optimos quosque genitalis soli in sese elidens, patet nunc praeda gentibus aliensis. Ab ipso quoque, ut ita loquar, Oceani littore, orientem versus, Avernam usque, clarissimam veteri tempestate Aquitaniae urbem, nulla libertatem retinere valuit regio, non oppidum aut vicus, non denique civitas quae non strage ferali conciderit paganorum.39 "Que dire d’immense souffrance du peuple d’Aquitaine qui, autrefois pourvoyeur des guerres, fournit maintenant à la guerre une main languissante et, privé de ces élites, a besoin de chefs étrangers ? En effet, après avoir écrasé en lui-même les meilleurs des hommes de son sol fécond, il s’offre maintenant comme une proie aux nations étrangères. Du littoral même de l’Océan, pour ainsi dire, et vers l’Est, jusqu’à Clermont, autrefois très illustre ville d’Aquitaine, aucune région ne put conserver sa liberté, aucune place forte, aucun village, pas une seule cité qui ne tombât sous le massacre sauvage des païens". 40

Adrevald évoque dans les premières lignes la terrible bataille de Fontenoy en Puisaye où s'affrontèrent les fils de Louis le Pieux en juillet 841. Dans ce combat, les Aquitains ralliés à Charles le Chauve affrontèrent les Aquitains restés fidèles à Pépin II. Ce fut un carnage effroyable qui décapita l'Aquitaine de son élite militaire. Démunie, l'Aquitaine devient la "proie des nations étrangères". L'offensive est telle qu' "aucune région ne put conserver sa liberté". Ce texte ne décrit pas des pillages, mais, comme le Fragment de Lescar, la chronique de Guîtres et l'Historia Monasteria Condomiensis une prise de contrôle politique du royaume d'Aquitaine. "Aucune région ne put conserver sa liberté." Cette "invasion" ne désigne pas la Gascogne a priori. L'inventaire des cités tombées aux mains des païens mentionne Poitiers, Saintes, Angoulême, Périgueux, Limoges, Clermont et Bourges. Toutes ces cités sont situées sur la rive droite de la Garonne, aucune en Gascogne. Mais dans la mesure où le texte évoque la catastrophe de 841 et ses conséquence, il n'est pas surprenant que les cités de Gascogne -conquises dès 840- ne soient pas citées. A contrario, il serait étonnant qu'après une telle offensive menée sur la rive droite de la Garonne, la Gascogne sur la rive gauche soit laissée intacte et tranquille par les hommes du Nord en raison de l'"impétuosité de ses fleuves". D'autant que le texte dit bien " Du littoral même de l’Océan", ce qui inclut la Gascogne. Considérer que le texte ne concerne que la rive droite de la Garonne comme le fait Stephen Lewis, reviendrait à considérer qu'à la bataille de Fontenoy, seule la fine fleur de l'Aquitaine aurait été massacrée tandis que celle de Gascogne aurait été épargnée, ce qui est évidemment insoutenable. Ce témoignage de destruction est recoupé par une autre source contemporaine, André de Bergame.

André de Bergame.

L'auteur italien de ces lignes écrites entre 860, date évoquée dans son témoignage, et 897, date supposée de sa mort, est donc contemporain de l'offensive viking en Aquitaine. Post cuius mortem discordia inter ipsis tres germanis surrexit, Hludowicus et Carolus ex una parte, Lotharius ex altera. Cumque nulla parte locum dantes, iungentes se ubi nuncupatur Funtanense, acies hinc et inde ex utraque partis constructe, facta est strages magna, maxime nobiles Aquitanorum. Tantique ibi viri fortes per contentiones malas et improvidentia debellati sunt, quanti potuissent per bonam concordiam et salubre consilium multa milia sternere contradictorum paganorum; unde sic discipata est nobilitas Aquitanorum, quae etiam Nortemanni eorum possedant terrae, nec est qui eorum fortia resistat.41 « Après sa mort (Louis le Pieux), la discorde naquit entre les trois frères. Louis et Charles d'un côté et Lothaire de l'autre. Et comme ils n'arrivaient à aucun résultat, ils se rencontrèrent en un lieu nommé Fontenay. Ils prirent position de part et d'autre, et il y eu un grand carnage, dont beaucoup de nobles aquitains. En ce lieu tant d'hommes forts périrent victimes des terribles combats et de l'imprudence (de leurs chefs), combien de soldats auraient pu avec une bonne concorde et un conseil salutaire se déployer contre les adversaires païens. Jusqu’à ce jour, la noblesse d’Aquitaine est si ravagée que les Normands possèdent ses terres et qu’elle n’a pas la force de leur résister. » André de Bergame parle de "prise de possession" et de l'absence de résistance de la noblesse d'Aquitaine massacrée à Fontenoy. Il ne décrit nullement des raids assortis de tributs comme le suggère Geoffrey Valerio Buckle West42. André de Bergame recoupe les propos d'Adrevald de Fleury qui évoquent une invasion de l'Aquitaine dont Stephen Lewis nous dit qu'elle n'a jamais eu lieu, car il n'existe "aucune source" l'évoquant.

Guillaume de Jumièges, Wace et Dudon.

Ces auteurs normands ne font pas partie des auteurs auxquels Stephen Lewis accorde sa confiance. Il considère que Guillaume de Jumièges, Dudon de Saint Quentin et Robert Wace, des auteurs normands, ne sont pas des sources fiables concernant l'Aquitaine. Néanmoins, ils évoquent la région et nous allons donc les évoquer. Guillaume écrit : « En ce temps des païens, sortant en foule du pays du Norique ou du Danemark, avec le fils de leur roi Lothbrok, qui se nommait Bier, à la côte de fer, et avec Hastings, le plus méchant de tous les Païens, qui dirigeait cette expédition, affligèrent de toutes sortes de calamités les habitans des rivages de la mer… » Bjorn dut partir « afin que se rendant en des pays étrangers, Bier conquis par les armes une nouvelle résidence. » L'auteur nous dit que Bjorn Ragnarsson, avec son allié Hasting, devait conquérir une "nouvelle résidence". Celle-ci n'a étrangement jamais été identifiée, ni même récherchée. 43 Guillaume se fait ensuite l'écho d'Adrevald de Fleury lorsqu'il note : « Ayant détruit elle-même (L'Aquitaine) les plus braves rejetons de son sol, elle fut alors livrée en proie aux races étrangères […]. Nul pays ne fut en état de conserver sa liberté, et il n’y eut aucun château, aucun village, aucune ville enfin qui ne succombât, à la suite d’un massacre, sous les coups des païens. »44

Dans le Roman de Rou, Robert Wace va lui évoquer la Gascogne : "Tant de Flandres ke de Gascuigne. Si coin devers soleil couchant, Vait mer la terre avironant, N'out castel, ne vieile cité, Borc, ne vile d'antiquité, Ki de Bier ne se sentist, E ke Hastainz ne destruisist"45 "Hasting ravagea tant en Flandre qu'en Gascogne, il n'y a eu pas de ville prise par Bjorn qui ne fut ravagée par Hastein". Wace suggère que Bjorn et Hastein auraient pu participer à l'invasion de la Gascogne aux côtés d'Asgeir, mais Stephen Lewis, "rigoureux", n'étudie pas les sources normandes qui pourtant évoquent les Vikings en Aquitaine et leurs connexions, notamment familiales, ce qui constitue l'objet de sa thèse. Accessoirement, on constate que Stephen Lewis ne laisse aucune place dans son étude à Ragnar et à Bjorn ce qui est dommage. Pour notre part, nous considérons que lorsque les Pampelonais nommèrent le pays au nord du leur, le Pays de Béarn, ils désignaient "la résidence" que Biarn devait conquérir par les armes. Nous estimons aussi que lorsque Bjorn se donne la peine de capturer le roi de Pampelune, son voisin, en 858, ce n'est pas pour obtenir quelques milliers de pièces d'or, mais pour obtenir un traité lui ouvrant les cols pyrénéens occidentaux. Ce traité, consécutif au traité obtenu quelques semaines plus tôt à Verberie par ce même Bjorn, victorieux de Charles le Chauve, permettait au chef viking d'entrer en Méditerranée en ayant réglé ses affaires continentales.

Il est dommage lorsqu'on prétend mener une étude exhaustive sur un sujet vierge d'écarter d'autorité des sources qui pourtant sont exploitables.

La chronique de Tours.

Dom Brugèles écrit : "Quelques-tems après, les Pirates Normands, sortis du païs Septentrional, apellé à présent Norvége, et alors Normannie, qui dès l’année 820, avoient commencé de faire des courses en France; profitant de la discorde que fut entre les enfans de l’Empereur Louis le Debonnaire, decedé l’an 840, se joignirent aux Danois leurs voisins, & tous ensemble se jetterent en 841 sur les Gaules, qu’ils ravagerent cruellement: ils vinrent de suite jusqu’en Aquitaine, sous la conduite du Prince Haddingue leur Chef". 46 A la différence de la chronique de Fontenelle qui nomme Asgeir à la tête des Vikings actifs en Gascogne, Dom Brugèles, comme Wace, cite Hastein. Il pourrait tenir cette information de la chronique de Tours. Celle-ci déclare : Lotharii imperatoris anno primo, Hastingus cum innemura Danorum multitudine Franciam ingressus, oppida, rura, vicos, ferro, flamma, fame depopulatur.47  "La première année du règne de Lothaire (840), Hastein, suivi d’une multitude de Danois, entra en France et ravagea par le fer, la flamme et la faim, les forteresses, les bourgs, les bourgades." Comme les très suspectes Geste des Toulousains et Charte de Lobaner, le texte évoque une invasion qui aurait eu lieu en 840 en France. Il est remarquable de noter que la source n'évoque pas la Gascogne (si non, nul doute qu'un exégète rigoureux aurait conclu qu'elle procède de la Geste des Toulousains "inventée" par Nicolas Bertrand en 1515). Dans la mesure où la seule attaque connue en 840 est celle décrite par les chartes gasconnes, il est vraisemblable qu'il s'agisse là d'une nouvelle allusion à l'attaque mythique qui n'a jamais eu lieu en Gascogne selon Stephen Lewis.

Conclusion.

Stephen Lewis a "traduit et étudié toutes les sources" et son verdict est sans appel : "As a historian of a rather critical, although perhaps not hyper-critical, bent I am obliged to conclude that there is simply no reliable evidence for any significant and long-standing presence of Northmen in Bayonne or elsewhere in Gascony in the ninth century (or for that matter in the tenth century), nor for their devastation of nearly all the towns of Gascony. "48 Stephen Lewis a conclu dans le sillage de Bladé que la Geste des Toulousains avait été brodée à partir du Fragment de Lescar. Du coup, ces deux textes suspects, loin de se recouper, ne font que se répéter : leur valeur probante est donc nulle. Il conclut que l'invasion décrite n'a jamais eu lieu. Stephen Lewis oublie de mentionner André de Bergame. Il cite bien Adrevald de Fleury, mais affirme, qu'il ne fait que décrire les seuls combats de Saintonge en 863. Stephen Lewis ignore la chronique de Guître qui évoque "l'érection de nouvelles fortifications", la chronique de Tours qui évoque une offensive majeure en 840, les témoignages des auteurs normands (Guillaume de Jumièges, Robert Wace et Dudon de Saint Quentin) qui nous apprennent que Bjorn devait "conquérir une résidence", le témoignage de la chronique de Bazas qui se lamente du "désert" qu'est devenu la Gascogne, celui de la charte de Lobaner qui nous apprend que les envahisseurs viennent de la côte et sont intéressés par les cols pyrénéens, et celui de l'Historia Monasteria Condomiensis qui évoque un pays dont "les sanctuaires de Dieu, selon la parole du psalmiste ne sont plus voués qu’à la garde des vergers". N'oublions pas d'ajouter à cette liste son oubli des Madjous de 795.49 Il est évident qu'en ignorant les trois-quarts des sources, les recoupements deviennent plus compliqués. Mais là n'est pas le plus grave. Nous affirmons que les Vikings vont rester maîtres de la Gascogne jusque vers 982. Stephen Lewis affirme le contraire. Il devrait être aisé pour lui de trouver des textes glorifiant le pouvoir gascon ayant repris le controle de la situation. Il devrait trouver des actes notariés, des actes de fondations de monastères, des actes de donation, des levées d'impôts, des actes diplomatiques témoignant de la reprise en main du pays par le pouvoir gascon, car les Gascons, à la différence des Scandinaves, étaient des adeptes de l'écrit.

Or, Stephen Lewis ne peut citer aucun texte démontrant la présence d'un pouvoir gascon ayant eu la capacité de repousser les hommes du Nord. Sa seule argumentation va consister à dire que tous les textes qui évoquent l'invasion et la présence scandinave sont soit des faux, soit des textes suspects que l'on doit écarter sans même les étudier. Ce faisant, il entretient la blancheur des pages historiques de Gascogne. Lucien Febvre écrivait : "L'histoire se fait avec des documents écrits, sans doute. Quand il y en a. Mais elle peut se faire, elle doit se faire sans documents écrits s'il n'en existe point. Avec tout ce que l'ingéniosité de l'historien peut lui permettre d'utiliser pour fabriquer son miel, à défaut des fleurs usuelles. »50 Il est clair que, lorsqu'une période manque cruellement de sources, l'approche rigoureuse de Seignobos est contre-productive et que seule l'approche ouverte de Lucien Febvre peut permettre d'écrire l'histoire. Stephen Lewis aurait pu écrire l'histoire, il se contente de botter en touche comme Lucien Musset qui écrivait en 1971 :« Les raids norvégiens au sud de la Manche, pures entreprises de piraterie, n’ont pas laissé de traces durables, sur la Loire, la Garonne ou le Golfe de Gascogne. »51 Le plus dérangeant est que, lorsqu'il a affaire à des sources réputées fiables, comme les Annales de Saint Bertin, ce traducteur rigoureux considère que "Oceano euripo", littéralement le détroit de l'Océan, désigne le détroit du Pas-de-Calais, ce qui lui permet de faire venir Asgeir du Nord. Ce texte fondamental explique clairement qu'Asgeir vient de l'ouest, a priori d'Aquitaine, où d'après la chronique de Fontenelle, il aurait été actif dès 840. Ces textes suggèrent clairement que l'attaque viking de 840 n'est pas mythique.

Mais Stephen Lewis a décidé de ne pas voir ce qu'il ne voulait pas voir. Ce faisant, il a fait plaisir à son jury de thèse, mais il n'a pas produit le travail exhaustif et objectif qu'on est en droit d'attendre d'un défricheur de sujet vierge. Quant à l'enthousiasme que suscite Bladé chez Stephen Lewis et Alban Gautier, il a de quoi laisser perplexe sur le sérieux de la recherche universitaire normande.

Dans un prochain article, nous allons étudier les sources évoquant la présence scandinave en Gascogne et constater que Stephen Lewis va de la même manière écarter les textes considérés suspects et oublier des sources venant contredire son postulat. Ces sources viennent confirmer l'invasion de la Gascogne.

 

P.S : Si je me montre aussi virulent à l'égard du travail remarquable de Stephen Lewis, c'est tout simplement parce que le Président de son jury de thèse m'a traité d'imposteur par voie de presse. Il est évident que cette thèse va devenir le discours officiel de l'université de Caen qui n'en a jamais eu sur cette question. J'apprécie beaucoup Stephen Lewis et son franc-parler. Dommage qu'il ait axé sa thèse sur la critique des travaux vieillissants et peu approfondis de Renée Mussot-Goulard, plutôt que sur les miens. Cela aurait sans doute ouvert un débat passionnant, mais l'objectif de l'université de Caen a-t-il jamais été d'ouvrir le débat?

 

1 Based on a couple of late and very dubious or unreliable/hypothetical Gascon charters and legendary histories, over the centuries some eminent Gascon historians have tried to assert that there was a decades-long presence of Scandinavians in Gascony, starting from 840

2As a historian of a rather critical, although perhaps not hyper-critical, bent I am obliged to conclude that there is simply no reliable evidence for any significant and long-standing presence of Northmen in Bayonne or elsewhere in Gascony in the ninth century (or for that matter in the tenth century), nor for their devastation of nearly all the towns of Gascony. Lewis, p.236.

3Nicolas Bertrand, Opus de tholosanorum gestis (1515) p. 30.

4 In Alexandre Du Mège, Histoire générale du Languedoc, Tome 2, Notes, p. 70. 

5Brugèles, Louis-Clément, Chroniques ecclésiastiques du diocèse d’Auch suivies de celles des comtes du même diocèse, Toulouse, 1746, p.50.

6Renée Mussot-Goulard, Les princes de Gascogne 768-1070, 1981

7F. Boutoulle, Par peur des Normands, Les Vikings à Bordeaux et la mémoire de leurs incursions. Revue archéologique de Bordeaux, tome IC, année 2008, p.23-38, Lewis p. 289

8 Borrowing though he undoubtedly was from various obscure and completely unnamed earlier sources and traditions

9F. Lot, ‘L’énigme de « Cieutat », Revue des Etudes anciennes, 1950. p. 301

10J.-F. Bladé, ‘Les comtes carolingiens de Bigorre’, 22 (1895), p. 484, 489, Lewis, p. 299.

11 J.-F. Bladé is much more explicit and damning. He argued that Bertrand’s text was his own construction and a pastiche, and he gave many of the compelling reasons which led him to this conclusion which I will not repeat here. Later Bladé concludes that ‘le récit de Bertrandi [sic] n’est qu’un tissu de mensonges’. Bladé’s general critique is rather convincing although in my opinion he could have gone further

12J.-F. Bladé, ‘Géographie politique du Sud-Ouest de la Gaule pendant la domination romaine (suite et fin.)’, Annales du Midi : revue archéologique, historique et philologique de la France méridionale, 6. 23 (1894), pp. 257-71, at p. 260.

13I therefore do not think that Nicolas Bertrand’s sixteenth-century concoction should really be used as evidence for an extensive desolation and destruction of Gascony in the mid-ninth century. Lewis, p.307.

14P. de Marca, Histoire de Béarn, p. 38, n. VIII

15J.-F. Bladé, ‘Les comtes carolingiens de Bigorre’, 22 (1895), p. 482

16Pierre de Marca, Livre III, Chapitre I, V, p. 192.

17Pierre de Marca, p. 35, Lewis, p. 318.

18Bladé’s argument for this derivation is quite compelling but I will not repeat it in detail here. Lewis, p.319.

19In summary, we should reject Marca’s assertion that the Lescar fragment provides independent support for the story of the destruction all nearly all Gascon episcopal cities. Lewis, p. 321.

20 Traduction par l'abbé Jean Justin Monlauzun d'une charte trouvée récemment à Mont de Marsan (vers 1840) ; note 5 in  Histoire de la Gascogne depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, Portes, 1846

21Jean-François Bladé, "Pierre de Lobaner et les quatre chartes de Mon-de-Marsan", Paris Dumoulin, 1861.

22Alban Gautier, "Une principauté viking en Gascogne, à propos d'une imposture", Annales de Normandie, 2018, p. 181.

23Cf note 2

24 Monographie de 1875, extraits des « Archives historiques du département de la Gironde, tome 15.

25 Lettre des moines de La Réole adressée au pape en 1046, lettre conservée dans le cartulaire de l’abbaye. in Frédéric Boutoulle, "Par peur des Normands", Revue archéologique de Bordeaux, 2008.

26Chronique de Guîtres in Frédéric Boutoulle, Par peur des Normands, Revue archéologique de Bordeaux, 2008.

27L. d’Achery italicises this phrase taken from Psalm 78.1

28Bauduin p.339

29Bauduin, p.340

30Joel Supéry, "La Non-histoire des Vikings de Pierre Bauduin", Note de lecture, Academia, 2021.

31 L-C. Brugèles, Chroniques ecclésiastiques du diocèse d’Auch, proofs of part 1, p. 11.

32F. Boutoulle, ‘Par peur des Normands’, p. 26

33J. Supéry, "Par peur des Normands, ces marins malchanceux, de la subjectivité du labeur d'historien : le cas des vikings en Aquitaine, Academia, 21 juin 2013.

34Annales Bertiniani, 841.

35Traduction Janet Nelson, Charles the Bald, p.50.

36 Danish pirates sailed down the Channel and attacked Rouen, plundered the town with pillage, fire and sword, slaughtered or took captive the monks and the rest of the population, and laid waste all the monasteries and other places along the banks of the Seine, or else took larger payments and left them thoroughly terrified

37The term ab Oceano euripo is translated by Janet Nelson as ‘down the Channel’, by which she means that these ‘pirates’ had sailed ‘down’ through the strait of Dover, what the French call le détroit du Pas-de-Calais. Simon Coupland agrees, saying they came from the ‘North Sea" Lewis, p. 85

38Si l'épisode s'était déroulé en Frise, on aurait pu admettre qu'Oceano euripo désignait bien le détroit du pas de Calais, en effet, il fallait franchir ce détroit pour atteindre l'océan. Mais en l'occurrence, l'auteur parle de la Seine et Ocean euripo ne peut en aucun cas désigner le passage vers la mer du Nord d'autant qu'à l'opposé on a bien un détroit de l'Océan.

39Adémar de Chabannes. Chronique, ed. Chavanon, book 3, chap. 16, p. 132. Adémar de Chabannes. Chronique, trans. Chauvin and Pon, book 3, chap. 16, p. 213.

40Adrevald of Fleury, Miracles of Saint Benedict, ed. and trans. Davril et al, chap. 33, p. 175

 

41 Andreas v. Bergamo, Historia (ed. Georg Waitz, MGH SS rerum Langobardicarum, Hannover 1878) 222-30

42 Geoffrey Valerio Buckle West, Studies in representations and perceptions of the Carolingians in Italy, 774-875, King's College, London, April 1998, p.55-77.

43Guillaume de Jumièges, Histoire des Ducs de Normandie, Collection des mémoires relatifs à l'histoire de France, par M. Guizot, Paris, 1826, Chapitre V

44Guillaume de Jumièges, Chapite IX

45 Robert Wace, Le Roman de Rou et des Ducs de Normandie, par Frédéric Pluquet, Tome 1, Rouen, 1827. vers 449 et s,

46Dom Brugèles, p. 69

47Chronique de Tours in E. Pigeon, Histoire de la cathédrale de Coutances, Coutances, 1876. p. 22.

48Lewis, p. 336.

49 Cf. Joel Supéry, "Premières mentions, l'oubli des Madjous aquitains", Etdue critique, partie1, Academia, 14 juillet 2021

50 Lucien Febvre, Combat pour l’histoire, 1959.

51 Lucien Musset, Les Invasions. Le Second Assault contre l’Europe chrétiene, Nouvelle Clio, 1971, p. 132.

La présence scandinave en Gascogne, étude critique, 3

Etude critique de la thèse de Stephen Lewis, partie 3

La présence viking en Gascogne

 

Joel Supéry

28 août 2021 

 

Introduction

"One of the only real merits of the author's numerous and insistent publications may have been to push authentic specialists (sic) to formulate these questions in a more articulate way than they had been up to now."1 So said Alban Gautier in 2018 in a reading note devoted to my last book, La Saga des Vikings, une autre histoire des invasions2.

The professor acknowledged that the question had been neglected by French research and stated that only an 'authentic specialist', i.e. a qualified historian, had the intellectual and technical ability to tackle such a work. Alban Gautier seems to be one of those historians who regard themselves as medical doctors and consider that those who do not have the required diploma are engaging in an "illegal practice" of History; they are charlatans, impostors. For my part, I consider a history teacher more like a math or music teacher than a doctor.
Stephen Lewis, who defended his thesis on 10 June 2021, is the famous 'authentic specialist' that Alban Gautier was hoping for. And as fate would have it, Alban Gautier happened to be the president of Stephen Lewis' thesis jury. At the end of a massive thesis, Stephen Lewis concluded that a continuous Scandinavian presence in Gascony was unlikely in view of the texts he had studied. His verdict could only enthuse Alban Gautier, who wrote a few months earlier: "The ninth-century texts do not in any way support the idea of a lasting Scandinavian hold on the region (Aquitaine), implemented in a concerted and numerically massive manner. Only plundering raids are attested with certainty [...], but nothing allows us to situate them within the framework of a coherent strategy of conquest. "3 In case Stephen Lewis had any doubts, the certainties of his jury chairman gave him a clue as to the meaning to be given to his work. The assertion of a Scandinavian principality - an idea that Alban Gautier has described as a sham - implies two distinct elements: the first is a continuous Scandinavian presence, the second assumes that this presence was not motivated by a civil ambition (settlement, trade), but a political one (creation of a power weighing on the diplomatic game). This political ambition is clearly evident in the Scandinavian takeover of Gascony studied in the second part of the critical study of this thesis. In the present article, the third in our critical study, we will look at the evidence for a Scandinavian presence in Gascony and see whether or not it could indicate the existence of a Scandinavian 'principality', i.e. a political entity with influence on European diplomacy.

1- The documents handled by Stephen Lewis

Stephen Lewis4 notes that historiography is very divided on the Scandinavian presence in Aquitaine after 865. He notes that several French historians (Ferdinand Lot, Léonce Auzias, Charles Higounet, André Debord) consider that the Vikings remained in Aquitaine while others, mainly foreign historians (Walter Vogel, Simon Coupland, John Gilligham) think the opposite. Lewis notes that the disagreement stems from two testimonies, one provided by Adhemar de Chabannes, the other by the account of the misadventures of Frothaire, bishop of Bordeaux. Stephen Lewis will therefore demonstrate that Adhemar de Chabannes invented the Scandinavian presence while Frothaire literally lied to the king of France and the pope. We confess to having difficulty following the author in his demonstration.

The testimony of Adhemar de Chabannes.

Adhemar de Chabannes (989-1034) mentioned the Scandinavian presence on several occasions. He tells us that in 867 Charles the Bald accumulated the counties of Périgueux and Angoulême on the head of Vulgrin, Count of Agen. Adhemar does not explicitly mention the Vikings, but Léonce Auzias analysed in 1937: "Without doubt, Charles the Bald intended to achieve in his person (Vulgrin) the unity of command against the Normans of the Charente and the Garonne."5 In 1990, Charles Higounet had the same reading: "In 866, Charles the Bald considered that the "Frontier" against the Normans and the Gascons did not include Bordeaux and its county anymore. "6 The historian André Debord also shared this analysis: "After 866, there is no longer a count in Saintonge: the region was probably entrusted to Vulgrin in 867, but rather as an area to be reconquered. "7 In other words, these historians suggest that the Vikings who invaded Gascony in 840 and settled quietly in Saintes in 845,8 would still be there a quarter of a century later.

Stephen Lewis will demonstrate that Adhemar de Chabannes, whom he describes as 'notoriously unreliable', is not a serious author and that his claims cannot be taken into account. Stephen Lewis notes that the battles mentioned by Adhemar are not mentioned by any other source. He points out that Walter Vogel - whose book structures Lewis's view of the period - believed that the attacks in the region were not from permanent Danes, but 'probably' Danes from the Loire.9 Simon Coupland 'believes' that after the raid on Toulouse in 864, the Vikings defeated on the Charente in 865 returned to the Loire.10 They would then have gone to England to look for territory to settle in. John Gillingham, an Adhemar scholar, does not think highly of Adhemar de Chabannes either:11 'Ademar is such an ingeniously unreliable historian that the burden of proof rests on the shoulders of those who want to believe what he says....12 Gillingham adds: 'What they [historians] have done is to reject Ademar's testimony when it can be shown to be wrong ... and accept it when it is not obviously false; in other words, they treat him as a generally reliable compiler who occasionally makes mistakes.'13 Obviously, Stephen Lewis shares this view. He considers that those who trust Adhemar de Chabannes choose the information that suits them. The problem is that, whatever the sources, they always contain some information that is accurate and some that is not. The role of the historian would be to distinguish in the sources what is 'true' and what is not. But to do this, the historian is seriously lacking in tools, cross-checking being the main 'objective' -but not guaranteed- technique available. Most historians require accurate cross-checking and, in the case of Adhemar de Chabannes, there is none. The testimony of Adhemar de Chabannes would therefore be isolated, and therefore suspect, and should be discarded. On the other hand, we can also resort to a broader cross-checking, not of a precise fact, but of an 'idea' such as the Scandinavian presence. In the latter case, the testimony of Adhemar de Chabannes, cross-checked by numerous sources, would become admissible. Regarding Vulgrin's appointment, Stephen Lewis prefers to consider -without any tangible evidence- that he was appointed to keep an eye on "the powerful marquises of Toulouse, Narbonne and Barcelona, "14 but he admits that "at least in part, in the idea or hope that he would oppose any future Scandinavian attack. "15

As can be seen, there are two ways of looking at this source; if one requires a precise cross-check, it is of little historical value, if one accepts a broader cross-check, it has real evidential value. But cross-checking is not the only way to evaluate a source, there is also its plausibility. And there is one crucial element that Stephen Lewis fails to mention: Bordeaux. If the Vikings were no longer present in Gascony as he claims, why is Vulgrin not named count of Bordeaux, the historic military capital of Aquitaine? In 864, Pepin of Aquitaine died childless. Who owns Bordeaux? Stephen Lewis has no idea and makes no proposal. Nor did Gillingham, Vogel or Coupland. Since the Vikings recaptured Bordeaux in 855 according to the Annals of Saint Bertin and were never driven out until proven otherwise, the probability is that they were still there in 867. No "authentic specialist" worthy of the name can claim the contrary. The likelihood is in favour of the testimony of Adhemar de Chabannes.

Stephen Lewis then turns his attention to the two forts built by Vulgrin at Matha and Marcillac in Saintonge. Adhemar de Chabannes writes: Vulgrimnus autem multis preliis laboraverat frequenter cum Normannis, et hac de causa aedificaverat castrum Martiliacum, et Mastacium, ut esset munimen contra paganos.16 "[Vulgrin] spent himself in many battles against the Normans, and for this reason he had the castles of Marcillac and Matha built as an entrenchment against the pagans."

Stephen Lewis considers that these forts could not have been intended to stop the Vikings because the mottes are located far from the main access route, the river Charente, and that they are therefore probably an invention of Adhemar de Chabannes. However, the purpose of these mottes was never to stop the fleets on the river, but simply to keep an eye on the Vikings who had been "permanently installed" since 845. Moreover, Adhemar de Chabannes does not say that the purpose of these forts was to stop the Danes on the river, but to serve as "entrenchments against the pagans. The argument put forward by Stephen Lewis to discredit Adhemar de Chabannes has no force. Blinded by his postulate of the itinerant Viking raider, Stephen Lewis dismisses Adhemar de Chabannes' testimony out of hand, but I will only share his verdict the day he can explain who is preventing Vulgrin from becoming Count of Bordeaux. In the meantime, like Lot, Auzias and Higounet, I prefer to trust the contemporary testimony of Adhemar de Chabannes rather than the deductions of exegetes who have never considered the hypothesis of a Scandinavian presence.

The Translatio Sanctae Faustae.

Stephen Lewis also cites the Translatio Sanctae Faustae, which refers to the battles against the Northmen. Eo vero tempore apud Gascones, quibus montes Pyrenaei vicini sunt, ducatus apicem Arnaldus vir illuster obtinebat. Hic etenim, filus cuiusdam comitis Petragoricensis, vocabulo Imonis, fuerat et avunculo suo Sanctioni, qui eiusdem gentis dux fuerat, in principatum successerat. Denique idem Arnaldus saepius cum praefatis barbaris ad defensionem sanctae Ecclesiae praeliando certaverat, et multos ex terra illa atque spurcissima natione interficiens, maximam ad ultimum sui nobilissimi exercitus partem amiserat.17 "But at that time, among the Gascons, whose Pyrenean mountains are close by, Arnaud, an illustrious man, obtained the crown of the duchy. For he had been the son of a certain Count of Perigueux, named Imon, and had succeeded to the principate to his maternal uncle Sanche, who had been Duke of the same people. In short, the same Arnaud had clashed very often with the aforesaid barbarians [Normans], in battles for the defence of the holy Church, and, by killing many of the natives of that land and of that most foul nation, (sic) in the end he had lost a very great part of his very noble army."

From this text, Stephen Lewis retains that it refers to fighting... in Saintonge: "There also seems no reason to doubt that before being nominated as ‘duke of the Gascons’ in c.864 in succession to his Gascon uncle Sancho, Arnald had been living with or near his father Immo in Aquitaine and thus that his fights with the Northmen probably means in part his involvement in confrontations in western Aquitaine north of the Gironde/Garonne, maybe even alongside his father Immo and perhaps even from late 863 onwards. "18 In this sentence, Stephen Lewis multiplies the "probably", "perhaps", "in part". It is only a hypothesis with a vague basis, to say the least. However, the Translatio mentions the Gascons 'living near the Pyrenees', but Stephen Lewis relocates the testimony to Charente because William's father was from Périgueux !19 The text is clear, however: these battles took place "among the Gascons, whose Pyrenean mountains are close by [...] Arnaud had clashed very often with the aforementioned barbarians [Normans]". The text gives another important piece of information that Stephen Lewis does not note because it is not the subject of his research. The Duke of Gascony kills "multos ex terra illa atque spurcissima natione interficiens", "many individuals from that land (Gascony) and from that most foul nation" (the Normans). In other words, the Translatio Sanctae Faustae states that the 'Gascons' killed in Gascony belonged to 'that most foul nation': they were either Gascons of Scandinavian origin, or Scandinavians settled in Gascony, or both. The Translatio tells us that Vikings settled in Gascony, but Stephen Lewis does not understand this (having said that, I myself did not understand this evidence until Stephen Lewis drew it to our attention). Had these Gascons of Scandinavian origin fought by Arnaud of Perigueux taken control of the country in 840? (Critical Study 2) Were they the Madjous of 795? (Critical Study 1). Stephen Lewis does not ask these questions because he does not see the information. This Translatio clearly refers to fighting in Gascony against Gascons of pagan origin and not to fighting in Saintonge against Vikings from the Loire as Stephen Lewis romanticizes.

Annales Bertiniani and the resignation of Frothaire.

Stephen Lewis then turns to Frothaire's resignation as an essential piece of evidence. Lewis notes Frothaire's arrival in Bordeaux around 858: "This appointment took place a little before 860, possibly even in 858. "20 And his departure in 876: the information is given by the Annals of Saint Bertin, a source regarded as reliable by Stephen Lewis: Lecta est proclamatio Frotarii, Burdegalensis archiepiscopi, quia non poterat consistere propter infestationem paganorum in civita sua, ut liceret ei Bituricensem metropolim occupare.21 "The petition of Frothaire, bishop of Bordeaux, who could not remain in his city because of the infestation of the pagans, was read, asking that he be allowed to live in the metropolis of the country of Bourges. The bishops unanimously rejected this petition."

It is interesting to note that most historians translate infestatio paganorum as "pagan incursions", whereas "infestation" means a troublesome presence. A convenient semantic slip for those who promote the cliché of roving Viking raiders. Stephen Lewis is well aware that translating "infestatio" into "incursions" is tendentious. So he proposed another explanation: Frothaire would have 'invented' the Scandinavian presence to justify his abandonment of his post. Walter Vogel was the first to put forward this idea.22 Stephen Lewis took up Vogel's argument: Frothaire was appointed in 858 and normally attended all the councils without ever mentioning any problem of neighbouring Scandinavians. If he pulled the Vikings out of his hat in 876, after eighteen years of presence, it was only to justify his abandonment of his post.23 This infestatio would be a lie, a bogus excuse. The problem is that Charles the Bald and two popes gave credence to Frothaire's claims. In a letter of 876, Pope John VIII expressed his concern about the situation: 'We have learned that almost the entire province belonging to the metropolitan of Bordeaux was desolate because of the persecutions of the pagans, so that our confrere can no longer provide for his subjects and that not a single dwelling of the faithful can be found there'.24 In 887, Stephen V, the new pope, ordered Frothaire to return to his see, which he refused to do.25 According to Walter Vogel, Frothaire invented the Scandinavian presence and was supported in his lie by Charles the Bald himself. As for the two popes, they would have taken Frothaire's word for it and would not have thought of verifying the information or the degree of difficulty of the bishop's task. We have converging testimonies which evoke an infestatio paganorum in Bordeaux in 876 which continues in 887, and we have medievalists like Walter Vogel, Pierre Bauduin and Stephen Lewis who consider that these "incursions" or "infestation" would have been "invented" by Frothaire. Frothaire is said to have convinced two popes and a French king to follow him in his lie. I am not a fan of conspiracy theorists and I do not believe in this "invention" of Frothaire. As for Stephen Lewis' argument that Frothaire would not have attended the various councils if the Normans had been in Bordeaux, it does not hold water.

2- Sources forgotten by Stephen Lewis.

As mentioned above, cross-checking information is the only objective way for a historian to 'validate' information. However, Stephen Lewis will leave out several sources mentioning the Vikings in Gascony, which obviously reduces the chances of cross-checking. Stephen Lewis notably omits the testimony of Eulogius of Cordoba, that of Flodoard and Richer of Reims, and that of Ibn Hawqal, all of which suggest a Scandinavian presence. We consider that these testimonies are part of the extension of the conquest of Gascony and converge towards the same observation: the existence of a Scandinavian political entity in Gascony.

The Life of Eulogius of Cordoba.

The Life of Eulogius of Cordoba26 written before 860 by the religious Alvaro provides a crucial testimony concerning the history of Gascony. In 848, coming from Spain, Eulogius tried to reach France. He tried to cross the Pyrenees via the Spanish March, but the fighting between William of Septimania and Charles the Bald prevented him from crossing. He then went west to Pamplona, but he could not do so either because of the "fighting between the Gascons and the Franks". This testimony is crucial in the history of Gascony: it has allowed several historians to assert that the Count of Gascony had risen up against the Franks, an uprising that would have constituted the birth certificate of Gascony, whose life would be detached from that of Aquitaine over the following two centuries. There is just one problem: Frankish troops never succeeded in crossing the Garonne during the reign of Charles the Bald.27 As a result, the fighting between Gascons and Franks can hardly have blocked the western Pyrenean passes. Especially since we know that the Vikings took Bordeaux in 848 and Périgueux in 849. How can we believe that the king of France would succeed in sending troops to the western Pyrenees to put down a 'Gascon revolt' when the Scandinavian enemy was the master of the country? This is absurd. In fact, Alvaro is clearly making a mistake. Probably, like many contemporary historians, he is unable to envisage a Scandinavian presence in Gascony and believes that, as in the Spanish March, the opponents are necessarily Franks. In all likelihood, the fighting was not between the Gascons, i.e. the King of Pamplona and the Count of Gascony, and the Franks, but between the Vikings who had occupied Gascony since 840. This is further indirect evidence of a hostile presence in Gascony. If the Vikings are not involved, then historians need to explain how the fighting against the Franks - fighting that is undocumented in Frankish sources while that of the Spanish March is documented - could have blocked the western Pyrenean passes. It is a pity that Stephen Lewis is not interested in this testimony. Nor the following: a letter to Pope John VIII tells us: 'The archbishop of Auch, for his part, had, in 879, only three suffragans installed in the eastern sees, while the west was totally deprived of pastors'.28 Usuard and Flodoard's Martyrology reports: 'Gascony in the 880s was in total desolation. No traveller dares to cross it, especially in its western part, which is more affected than the others.'29 Why is there no longer a bishop in Gascony and why is the country in total desolation? Because of the fighting between the Gascons and the Franks or because the Vikings got rid of the bishops in 840 ?

To these testimonies, we can add an Arab source. Aboufeda reports in his Geography a piece of information given by Al Himrayi about a town that he spells Bxnvabxs (sic) "There are five hundred blacksmiths who make coats of mail, swords, helmets and spearheads. He specifies that this city is in the land of the Franks, not far from the ocean.30 This city is most likely Bordeaux. The city is described as a gigantic forge dedicated to the manufacture of weapons. It would be interesting to know which Gascon lord could have produced such a war effort and for what purpose. If the Vikings who led the invasions occupied Bordeaux, then it is clear who the sponsors of this war effort were and where the weapons were going: to equip the Viking troops on the one hand and to export weapons to Spain on the other.

Annales Bertiniani and the treaty of Verberie.

The Annals of Saint Bertin report in 858: "Bernon, duke of that portion of the pirates who dwelt on the Seine, came to King Charles in the palace of Verberie, and, putting his hands in his, swore fealty to him". In the wake of Simon Coupland, Stephen Lewis considers that the Viking chief made "submission" in return for a tribute. In support of this hypothesis, Simon Coupland notes: "Although no contemporary narrative source mentions any payment to Björn, a letter written by the West Frankish bishops in November 858 describes a tribute raised to repay the Vikings. "31 Stephen Lewis, who shares this reading, nevertheless admits that this letter proves nothing. Stephen Lewis honestly remarks: "However, this letter, while suggestive, does not really support the hypothesis (which I also make) of a tribute being paid to Björn more than six months earlier. The tribute may well refer to the huge ransom paid for the release of Abbot Abbo and Gauzlin earlier in the year, which had taken some time to collect.'32 Pierre Bauduin simply states: 'The Norman chief probably received a tribute on this occasion. "33 Janet Nelson is bolder: 'Early in 858 Charles defeated (sic) a Viking war chief, Björn, and recruited him and his men into his own retinue.'34 We confess to having difficulty in seeing a victorious Charles as welcoming Bjorn to Verberie.

Between 853 and 861, the Vikings led a terrible offensive against West Francia. During this decade, almost all the cities of Neustria and Aquitaine were taken. The Annals of Saint Bertin, which are far from exhaustive, mention: Nantes and Tours in 853, Blois, Orléans*35 and Angers in 854, Bordeaux, Poitiers* and Dorestad* in 855, Orléans in 856. Almost all the counts of King Charles' kingdom conspired against him", the Annals of Saint Bertin recall. The Danes "after having devastated and ruined the towns on both sides of the river, and even monasteries and villages further away, stopped at a place near the Seine, called Jeufosse [...] On 28 December, the Danish pirates invaded the town of Paris, and set it on fire. In 857, "Those who lived on the lower Loire devastated Tours and the surrounding areas as far as Blois [...] Pepin, together with the Danish pirates, devastated the city of Poitiers and several other places in Aquitaine [... The Danes living on the Seine devastated the whole country without resistance; they came to Paris, burned the basilica of St Peter, St Genevieve, and all the others, except the episcopal house of St Stephen, the church of St Vincent and St Germain and the cathedral of St Denis, which were preserved from the fire at the cost of a large sum of money. Other Danes from the port called Duersted seized the whole of the Batave Island with their weapons, and devastated the neighbouring countries. Chartres fell. In 858, the kingdom is exangue: Charles the Bald no longer controls anything; "Some of King Charles's grandees, in company with the Aquitans, do much plundering and other wrongs." In 858, Charles the Bald was a king adrift. It was then that the miracle occurred: "Bernon, duke of that portion of the pirates who lived on the Seine, came to King Charles in the palace of Verberie, and, putting his hands in his, swore loyalty to him."

Historians have all analysed this act as a submission. However, the strong man in this meeting is undoubtedly Berno. Charles the Bald did not defeat him. This "submission" is in fact a peace treaty. A peace treaty means territorial concessions on one side and conversion on the other. We do not believe that the consideration obtained is money. Simply because after five years of Viking offensives and Frankish setbacks, the kingdom's coffers were empty. The proof is given by the colossal ransom paid to free Abbot Abbo. All the churches in the kingdom were called upon to pay the ransom. If the Vikings ransom him, it is because they have not obtained any money at Verberie, and if the king puts everyone to contribution, it is because he does not have the means to pay. The only compensation the penniless king could give to Björn was land. Hincmar does not mention the compensation obtained by Bjorn because it is an absolute humiliation and a major setback for the Franks and the Church; it is also a question of not giving visibility to an event that could be emulated. The land requested by Björn would have been all the more easily conceded by Charles as he had never set foot there in his life; it would have been Gascony on the left bank of the Garonne. From this date, Gascony is effectively no longer considered part of the kingdom of West Francia. Stephen Lewis does not link Björn's submission to Aquitaine because the text does not mention Gascony or Aquitaine by name and there is no evidence that Gascony was ceded on this occasion fifty-three years before the mouth of the Seine to Rollo. However, the 'probability', the logic, is that Bjorn, who seized Gascony in 840 and triumphed over Charles in 858, obtained a quid pro quo commensurate with the military disaster suffered by Charles: the pragmatic Viking leader logically obtained diplomatic recognition for his conquest. If we add that Gascony is never again mentioned by the Franks as being part of the kingdom, we have the elements of a strong presumption. This peace treaty with the king of France implies the conversion of the Viking chief. It is possible that the arrival of Frothaire in Bordeaux, which Stephen Lewis places in 858, is one of the terms of the treaty. Frothaire was charged, with Bjorn's agreement, with re-establishing the church in Bordeaux. This is why he was able to participate in the various councils while sitting in a city held by pagans. The bishop would have carried out his mission without flinching until, probably irritated by the disinterest of his flock and the lack of progress in his mission, he decided to throw in the towel in the 870s. Until now, I had assumed that the Normans in Gascony had expressed a desire to convert in order to integrate successfully, and that Frothaire's resignation was that of a man without a vocation, but the fact that Frothaire participated in the various councils without complaint clearly suggests that the sending of a bishop to Bordeaux was one of the 'clauses' of the Treaty of Verberie, imposed by the King of France, but clearly not 'supported' by the Scandinavian leaders. Stephen Lewis does refer to this 'submission' in his thesis, but he does not consider the possibility of a territorial concession.

Catillus de Limoges and the Life of saint Léon de Bayonne.

In 892, two testimonies converge towards a Scandinavian presence in Gascony. The first - again an indirect testimony - is that of Richer de Reims and the second that of the Life of Saint Leon. Richer de Reims recalls an astonishing episode: a pagan army of 18,000 men commanded by a certain Catillus besieged the castle of Montpensier to the north of Clermont in the Auvergne.36 Now, Eudes, the king of France, had come to take refuge in Le Puy en Velay while waiting for the end of the famine that was raging in Neustria. Catillus was clearly unaware of the presence of the king and his army and when the latter went on the attack, the surprise was total: the Vikings were defeated twice and Catillus was captured. Eudes offers him the choice between baptism and death. Kaetill chooses baptism. But during the ceremony, while naked in the font, Catillus is murdered by the Frankish standard-bearer who considers his conversion to be a feint. Historians are suspicious of this testimony because Richer evokes an absurd fact: a pagan army of 18,000 men in the heart of the Massif Central in 892 against which Eudes aligns 16,000 men, values that seem too enormous to be true to some, and this is probably the case. But the problem with this testimony lies elsewhere: no Scandinavian army is reported to have come from Scandinavia, Normandy or Brittany at this time and no one knows where it came from or how it reached the Massif Central. Richer de Rheims would therefore have at least exaggerated, at worst invented this story. However, these doubtful historians have in common their ignorance of the Viking presence in Gascony since 840. If Catillus' troop came from Gascony, it is understandable why no Frankish source mentions it. As for Catillus, he is logically the leader of the Vikings of Gascony and the successor of the one who conquered the country in 840. The presence of this army would be an element likely to demonstrate the existence of a political power powerful enough to mobilise, half a century after the attack of 840, an army of 18,000 men.

The Gascon origin of this troop is all the more likely as that same year Leon, archbishop of Rouen,who spoke the language of the Danes, arrived in Gascony. This episode is recounted in two Legends (the Great and the Small) of Saint Leon.37 The pope asked him to convert the pagans 'invented by Frothaire'. Leon crossed Gascony, provoking massive conversions. He travelled through the Basque country and was eventually murdered in Bayonne. According to the Great Legend of Saint Leon38, he was murdered by the Vikings occupying the city. The fact that the pope asked Leon to come and evangelise Gascony is proof of several things: the first is that the Vikings were occupying the country, the second is that they were pagans, the third is that the pope was perfectly aware of this presence and the fourth is that Bayonne seems to have been the epicentre of Scandinavian Gascony, a fact to which we return immediately.

The rescue of Normandy, 945-965.

In 945 and again in 965, Normandy was twice saved from annexation by the Franks by a leader named Harald. The man arrived with his fleet at Cherbourg and captured the French king in 945. When he returned in 965, he sailed up the Seine, settled in Jeufosse at the gates of Paris, and ravaged the country until the Franks cried for mercy. This Harald is unknown in the Scandinavian world and in the British Isles, and no one knows where he came from. However, Flodoard39 and Richer,40 Frankish authors contemporary with the events, say "Abgroldo qui Baiocensibus praerat." Harold who commands Bayeux. This assertion of a Scandinavian chief reigning over Bayeux, possessing a powerful fleet and capable of capturing the king of France, is absurd and is not taken up by the Norman authors (Duddo, Wace), who are content to describe him as a "Danish prince". However, it is possible to propose another reading: if instead of writing "Baiocensibus", one writes "Baionensibus", with one letter difference, Harald is no longer from Bayeux, but from Bayonne, the city where the archbishop of Rouen was murdered a few decades earlier. In later Latin texts, the confusion between Bayeux and Bayonne will be recurrent in the episcopal lists. When the young dukes of Normandy were sent to 'Bayeux' to learn the language of their ancestors, it could in fact be understood as Bayonne, the capital of Scandinavian Gascony. The Franks distorted the name because they did not know Bayonne.41 The city was known to the Franks as Lapurdum. They logically distorted Baiona, which they did not know, into Baioca, a known name, a Norman one at that. Obviously, the Norman authors did not take up this absurd reading. There is an additional clue in favour of this Gascon origin of Harald. In 965, when his fleet left the Seine, it did not head for the British Isles or Scandinavia, which would have given a clue to its origin, but for Gascony.42 This same fleet attacked Galicia in 968, which was ravaged for two years.43 If Harald was indeed from Bayonne, then this means that the Vikings of Gascony were capable of leading large-scale naval expeditions capable of defeating the Franks more than a century after the invasion of Gascony. This is further evidence for the existence of an organised political power, i.e. a principality. The links between Gascony and Normandy are revealed by Richer de Reims, who tells us that Catillus, murdered in Limoges, was Rollo's own father.44 Rollo would therefore have been the grandson of the conqueror of Gascony.45 Obviously, Stephen Lewis does not study these Frankish sources, which are 'outside' the Aquitanian framework of his study. This is a pity, because knowing what was going on outside Aquitaine, particularly in Galicia, Navarre and Normandy, gives an idea of the Vikings' 'connections' in Aquitaine. We will return to the expedition to Galicia in the fourth part of this critical study devoted to the end of the Vikings in Gascony.

Testimonies of Ibn Hawqal and Liutprand de Crémone.

In his Antapodosis written between 956 and 958, Liutprand of Cremona (920-972) revolts against the trade in virgins and eunuchs by Verdunese merchants to Spain.46 Ibn Hawqal confirms around 970 that "a well-known export item consists of slaves, boys and girls, who were raised in Ifranja and Gallikiya".47 This author tells us that in 970, boys and girls "raised in Ifranja" (France) and Gallikya (land stretching from Galicia to the mouth of the Garonne), i.e., Christians, were being transported to Andalusian Spain to become slaves. However, the trade in Christians had been banned in the Frankish world by the Council of Estinnes in 743 and that of pagans by the Council of Meaux in 845. The fact that Christians were sold as slaves to Mohammedans still in 970 raises questions. Who were these slave traders transiting through Gascony and Aquitaine who took the liberty of capturing Christians and transporting them en masse to Spain across the Pyrenees? Henri Pirenne describes them as 'pirates' without looking any further.48 It seems to us that Ibn Hawqal's testimony confirms the presence in Gascony of traders exercising their predations on Christian lands in defiance of Frankish religious and political prohibitions, and this at a time when, according to available sources, the Northmen were present in the region. If we follow Stephen Lewis, as the Vikings are said to have been absent from the region, these traffickers can only have been Gascon renegades engaged in the infamous trade in human beings. It would be interesting if Stephen Lewis and those who deny the Scandinavian presence could explain to us who these Gascon renegades were.

Al Bakri's account of the Vikings of Bayonne.

The Arab-Andalusian author Abû Ubayd al-Bakrî (around 1014-1094) describes Western Europe according to an Arab-Muslim source dating from the period 936-954. He explains that the country of Labourd called in Arabic "bilâd Bayûnah" - Bayûnah is clearly Bayonne in the work of Al-Idrîsî, who died around 1165 - is inhabited by the Normans. The translation would be: "[...] To the east, always the Slavs. To the west, the Basques and the country of Bayonne, whose inhabitants, known as Normans, speak a language different from that of the Franks".  François Clément49, the author of the historical article that reports this text, thinks he is misreading the text and tries to argue that it is in fact the country of Bayeux that seems more logical than Bayonne. Guilhem Pépin, a medievalist from Aquitaine and a Doctor at Oxford University, has no doubts: "Knowing that the Normans or Vikings apparently destroyed all the bishoprics of western Gascony and that they were only definitively defeated before 988 by the duke-count of Gascony Guilhem-Sans at the battle of Taller, it seems quite logical that the Vikings took Bayonne in order to control the whole Adour basin. "50 It should be noted that the historian, unlike Stephen Lewis, has no doubt that Bayonne was in Viking hands for a time. Al Bakri tells us that the Normans occupied Bayonne and spoke a different language from the Franks. If the Vikings were only passing through, as most authors suggest, why speak of "inhabitants", i.e. a sedentary population? Moreover, these people spoke a "language different from that of the Franks". François Clément thinks that the text does not refer to Bayonne, but to Bayeux in Normandy. However, the young dukes of Normandy were sent to "Bayeux" to learn the language of their ancestors. It is this detail that makes François Clément lean towards the Bayeux reading. In reality, it is likely that the young dukes were sent to Bayonne where the clan would have been based since at least 795 according to Arabic sources.

Conclusion.

Thus we have documents that testify to or suggest the presence of Scandinavians in 848 (Eulogius of Cordoba), 863 (Translation Sanctae Faustae), 867 (Adhemar de Chabannes), 876 (Annals of Saint Bertin), 887 (Letter of the Pope), 892 (Richer de Reims and The Legend of Saint Leon), 945 and 965 (Flodoard and Richer) and 970 (Ibn Hawqal). However, Stephen Lewis has not found any evidence of Vikings settling in Gascony. He considers Adhemar de Chabannes to be an unreliable author and therefore the Scandinavian presence he suggests is not credible, but once he has stated this, he is unable to explain who occupied Bordeaux. When he reads the Translatio Sancta Faustae, he relocates events taking place in Gascony to Saintonge, but does not note that the duke is fighting 'the pagans inhabiting Gascony' because the information contradicts his premise. When he mentions Frothaire, he considers that the bishop is inventing the Scandinavian presence and that the king and two popes support him in this lie. This way of discrediting and distorting the sources that bother him does not seem to us to be an objective way of dealing with sources. Without doubt, it is necessary to have the training of an "authentic specialist" - like Alban Gautier - to perceive the subtlety of Stephen Lewis' exegetical work. We have about twenty sources that converge towards a continuous presence of the Scandinavians in Gascony, and yet Stephen Lewis does not see them.

What is certain is that these sources do not describe simple raids of plunder, but a real installation and this presence is indisputably the fact of the clan which invaded Gascony in 840, confronted the king of Pamplona in 848, negotiated with Charles the Bald in 858, provoked the creation of a military march in 867, was able to mobilise an army of 18,000 men in 892 and send expeditionary forces to protect Normandy in 945 and 965 and to carry out reprisals in Galicia in 968. This Scandinavian entity was not a simple trading post or settlement of any kind, but a real principality applying diplomacy supported by an organised armed force. As for the slave trade across the Pyrenees in 970, it can only be explained by the presence of Scandinavians who had conquered Gascony one hundred and thirty years earlier.

It is obvious that a novice reading Stephen Lewis's thesis, accepting his 'restrictive' interpretations and ignoring all the forgotten sources, cannot consider the hypothesis of a Viking principality as anything but a sham.

Of course, when it comes to the battle of Taller, which puts an end to the Scandinavian domination in Gascony, Stephen Lewis has no choice but to declare this battle fictitious, which we obviously contest in a fourth part of the critical study of this thesis.

P.S.: We have not mentioned in this article several documents listed by Frédéric Boutoulle51 that refer to the Vikings in Gascony: the letter addressed to Pope Clement V in 104652, the Act of foundation of the monastery of La Réole,53 the cartulary of Sainte Croix de Bordeaux,54 the Baptista Salvatoris of Bazas around 113655, the Fragment of the bishops of Périgueux56 and a few others.

1 Alban Gautier, "Une principauté viking en Gascogne ? A propos d'une imposture", Les Annales de Normandie, 2018, pp.173-185. p.178.

2Joel Supéry, La Saga des Vikings, une autre histoire des invasions, Préface Michel Onfray, éditions Autrement, Paris, 2018, 270 pages ; The Vikings in Aquitaine, a missing piece of the invasions, éditions Tuskaland, Bordeaux, 2020, 228 pages.

3Alban Gautier, p. 180.

4 Stephen Lewis, Chapter 7, p.249.

5 Léonce Auzias, L'Aquitaine carolingienne, 1939, Princi Neguer, 2005, pp. 352, 377-81

6 Charles Higounet,  Histoire de Bordeaux, 1990, p.41.

7 André Debord, La société laïque dans les pays de la Charente Xe-XIIe siècles, Paris, 1984, p. 56. ; Lewis p.262.

8The Danes who, the previous year, had devastated Aquitaine, returned to assail the people of Saintes, and, fought by them, overcame them and established themselves quietly in this place. ASB 845

9Walter Vogel, Die Normannen und das fränkische Reich bis zur Gründung der Normandie, Heidelberg, 1906, p. 211; Lewis, p.264

10 Simon Coupland, Charles the Bald and the defence of the West Frankish Kingdom against the Viking invasions, 840-877, unpublished doctoral thesis, University of Cambridge, 1987, p. 68

11 John Gilligham, ‘Ademar of Chabannes and the history of Aquitaine in the reign of Charles the Bald’, in M. T. Gibson and J. L. Nelson (eds.), Charles the Bald. Court and Kingdom, Aldershot, 1990, pp. 41-51. p.46 ;

12"Ademar is such an ingeniously unreliable historian that the onus of proof rests fair and square on the shoulders of those who wish to believe anything he says", Lewis p.265.

13Gillingham, pp. 45-46. Lewis, p.261.

14Lewis, p. 263.

15 Lewis.p. 263.

16Adémar de Chabannes, Chronique, intro. and trans, Y. Chauvin and G. Pon, Turnhout, 2003, p. 218.

17 Translatio sanctae Faustae, AA, SS, Ianuarii I (Antwerp, 1643), p. 1091; (Paris, 1863), p. 727. Lewis, p.228.

18Lewis, p.216.

19 Lewis writes :"Regarding the remainder of the Aquitanian towns mentioned by Adrevald, under the year 864 the problematic Translatio sanctae Faustae says ‘paganorum barbaries, quos usitato sermone Danos seu Normannos appellant’, came into the regions of Aquitaine and Gascony in innumerable ships and directed themselves towards the towns of Saintes and Bordeaux. This must refer in part at least to those Northmen who arrived in Aquitaine in late autumn 863."

20Lewis, p.251.

21 Annales de Saint Bertin, Félix GRAT Ed., Paris, Kincksieck, 1964, p.204, année 876.

22‘Vogel wrote : "At the synod at Ponthion in June 876 Archbishop Frotar of Bordeaux maintained that because of incursions (sic) of the Northmen he could no longer keep his seat. But this was merely an excuse/pretense; Frotar had in his sights the metropolitan seat of Bourges, by so doing he counted on merciful treatment because the pressing danger of the Northmen would allow his transfer to another bishop’s seat.’ Vogel, p. 250. Traduction Lewis, p. 255.

23Lewis, p.253.

24 Lettre du pape Jean VIII du 28 octobre 876 prenant la défense de Frothaire. In "Lettres et décrets du pape Jean VIII", ed. Migne, Patrologie Latine, c.876, l

25 Lettre d’Etienne V aux archevêques de Lyon et de Reims. FLODOARD (v. 894-966), Historia Remensis IV, 1.ed.Lauer Paris 1907

26Alvaro ( -861), "Vie d'Euloge de Cordoue" In Patrologia Latina, vol. 121, col. 387-567 (et vol. 115, col. 705-724 pour la Vita Eulogii et les hymnes en l'honneur d'Euloge, et col. 731-736 et 819-820 pour deux lettres à Euloge)

27 It has been suggested that Ferricius Villa, where Charles the Bald stayed in 844, referred to Castelferrus on the Gascon side of the river, but in reality it referred to Verfeil, east of Toulouse, where there was a Carolingian palace, the ruins of which are still visible. In truth, Charles is never mentioned on the left bank of the Garonne.

28"Lettres et décrets du pape Jean VIII", ed. Migne, Patrologie Latine, t CXVI, c.841, lettre n° 232

29« Martyrologe d’Usuard et Flodoard » ed. Dom J. Dubois, Subsidia Hagiographica, n°40, Bruxelles 1965 (année 880)

30 Al Himyari in Aboulfeda, Géographie, trad. M REINAUD, Paris, 1848, t.2, chap.7

31Although there is no mention of a payment to Bjørn in any contemporary narrative source, a letter written by the West Frankish bishops in November 858 describes a tribute which was being raised to pay off the Vikings. Simon Coupland, Charles the Bald, pp.103-104.

32 However, this letter, though suggestive, does not really provide any support for the assumption (that I also make) of the payment of a tribute to Bjørn over six months before. The ransoming of the kingdom could well refer to the huge ransom paid for the release of Abbot Abbo and Gauzlin earlier in the year which had taken some time to collect and the payment for the release of Gauzlin was made by Hincmar’s own church of Reims. Lewis, note 2, p. 168.

33 P. Bauduin, Le monde franc et les vikings VIII e -X e siècle, Paris, 2009, p. 94,

34 Early in 858, Charles won over a Viking warlord, Bjørn, and recruited him and his men into his own following. Janet Nelson, Charles the Bald, pp. 187-88.

35Cities with * were attacked but not taken.

36Richer, Libri quatuor, Lib. I, VII-X, éd. Abbé Migne, Patrologie Latine, 138. Quatre livres d'histoire (991-998), connus sous le nom d'Histoire, cette chronique n'a été redécouverte qu'en 1833 par Georg Heinrich Pertz

37 Jean de Jaurgain, L'Évêché de Bayonne et les légendes de saint Léon : étude critique, Saint-Jean-de-Luz, Mlle Béguet, 1917, 152 p

38Chanoine Victor-Pierre Dubarrat, Le Missel de Bayonne de 1543 précédé d'une introduction sur les Antiquités Historiques et Religieuses de l'Ancien Diocèse de Bayonne. Pau, Ribaut ; Paris, Picard ; Toulouse, Privat, 1901.

39Flodoard de Reims (894-966), Historia Remensis ecclesiae, Philippe Lauer, Les Annales de Flodoard, Paris, Picard et fils, 1905, 

40Richer de Reims (940-998), Histoires 888-895, Paris, 1855.

41Bayonne would be an evolution of the first name Bjorn, like Hossegor for Asgeir, Hostens for Hastein, and Royan for Ragnar.

42Dudo, for ‘those who desired to wander in the ways of paganism’ Richard ‘had them guided to Spain from Coutances’. Dudo adds: ‘In the course of this voyage they captured eighteen cities, and won for themselves what they found in them. Dudo: ed. J. Lair p. 287; trans. E. Christiansen, p. 162 . Lewis, p. 617.

43Joel Supéry, The Vikings in Aquitaine, a missing piece of the invasions, Tuskaland, 2020, 227 pages, pp.168-171

44 "Irruperant enim, duce Rollone filio Catilli intra Neustriam repentini". Under the command of Rollo, son of Catillus, they suddenly entered Neustria. Richer, Lib. I, XXVIII.

45Joel Supéry, "Could Rollo be the grandson of Bjorn Ragnarsson?", Academia, 2020.

46 Carzimasium autem Greci vocant amputatis virilibus et virga puerum eunuchum ; quod Verdunenses mercatores ob inmensum lucrum facere, et in Hispaniam ducere solent. » Luitprand de Crémone, Antapodosis, M.G.H., SS, III, p. 338.

47 Ibn Hawqal, Configuration de la terre, I, G. Wiet (trad.), Paris, 1965, p. 109.

48"Ce serait une erreur d'imaginer qu'il y ait eu un quelconque commerce entre Francie et Espagne [...] La seule importation que l'on puisse constater , c'est celle des esclaves amenés par des pirates sans doute et aussi par des Jiuifs de Verdun." Henri Pirenne, Mahomet et Charlemagne, 1937, p.178.

49 F. Clément, « La perception de l’Europe franque chez Bakri, XIe siècle », Le Moyen Âge, tome XCIII, 1987, pages 5-16

50 Guilhem Pépin, "Les Vikings en Wasconia", Baskulture.com, 05/09/2021.

51Frédéric Boutoulle, "Par peur des Normands", Revue archéologique de Bordeaux, IC, 2008.

52La lettre adressée au pape Clément V en 1046 par les moines de la Réole conservée dans le cartulaire du prieuré. In Grellet-Balguerie, 1863, N°99, p. 144.

53 Marc Malherbe, Les institutions féodales de la ville de la Réole, des origines à la Révolution française, thèse de Doctorat, s. d. P. Jaubert, université de Bordeaux I, 1975, p.719.

54 Mussot-Goulard, 'la bataille de Taller" dans Colloque sur le millénaire de la bataille de Taller, Bulletin de la société de Borda, Tome, 108, 1983, p. 551

55 Dom Aurélien, "L'apôtre saint Martial et les fondateurs apostoliques des églises des Gaules. Baptista Salvatoris ou le sang de Saint-Jean à Bazas peu de'années après l'ascencsion de notre seigneur Jésus-Chris"t. La Gaule catacombaire, Toulouse, 1880, pp.289-291

56 Abbé Riboulet, « Fragmentum de episcopis Petragoricensibus. Ex duobus apographis calamo exaratis », dans Bulletin de la Société historique et archéologue du Périgord, 1877,, tome 4, p. 158-161 p. 158

La fin de la période viking en Gascogne, étude critique, 4

Etude critique de la thèse de Stephen Lewis, partie 4

La fin de la période viking en Gascogne

Joel Supéry

16 September 2021

Gascon sources mention a last battle against the Vikings which took place around 982 on the Landes plain. There are three possible interpretations of this battle. Either it is a battle of liberation putting an end to the Scandinavian domination, or it is a simple repulsed raid, or it is a completely invented mythical battle. Stephen Lewis having rejected the possibility of a Scandinavian presence, his position is not surprising: "In regard to the count of Gascony, William Sanche, the evidence for him inflicting a major defeat on the Northmen is so full of hagiographical and other topoï, and has many parallels with other earlier stories of counts called William in Aquitaine, and is as Charles Higounet rightly says mostly littérature, that we may wish to consign the stories to the dustbin of history as some historians have done, because there is no real certainty on the activity of the ‘vikings’ in Gascony in this period.1 Charles Higounet, on whom Stephen Lewis relies, wrote in 1980: "Between the catastrophe of the middle of the 9th century and the end of the 10th century, the history of Bordeaux is almost a blank page due to a lack of documents".2 One may legitimately wonder whether the blankness of this page of history is not the result of historiographical choices, and in particular that of putting all the "literature" concerning the Vikings in Gascony in the "dustbin of history", rather than the product of a genuine lack of sources. When he is confronted with sources - rare - evoking the history of Gascony, rather than being attached to these rare vestiges, Charles Higounet decides to ignore them because they "belong to literature". This way of "liquidating" historical sources, however suspect, does not seem very "scientific" to us. Obviously, as neither Stephen Lewis nor Charles Higounet have considered the hypothesis of a continuous Scandinavian presence, neither of them is able to include this battle in the history of Gascony. It would therefore be mythical.
Higounet's analysis is all the more surprising as we have two testimonies: the foundation charter of the abbey of Saint Sever and the history of the Abbey of Condom, both drawn up in the 11th century, which overlap to confirm the existence of this battle. The medievalist Frédéric Boutoulle considered that Charles Higounet went too far: 'Charles Higounet has limited himself to contemporary sources, those of the ninth century, and has discarded, as a precaution, but too quickly, late sources'.3 Like Frédéric Boutoulle, we challenge Charles Higounet's reading and therefore that of Stephen Lewis and will explain why. We will also take up the textual elements linked to the context of this battle and look at the consequences of this battle which "never took place".


 

1- Sources related to the context of the battle.

Stephen Lewis will mention two episodes that precede the battle of Taller and that could be put forward to explain the context of this battle. These are the fighting in Galicia between 968 and 970 and the capture of William the Good, Count of Bordeaux, around 971.



The battles of Galicia 968-970.

In 945 and 965, Normandy was twice rescued by a powerful fleet commanded by a Scandinavian leader named Harald. No historian has been able to say who this Harald was. However, Duddo of Saint Quentin explains that the fleet commanded by this Harald, after having restored order in Normandy in 965, headed for Galicia. He writes: Richard the Fearless, Rollo's grandson, 'had them led into Spain by guides from Coutances [...] In the course of this journey they took eighteen cities, and gained for themselves what they found there. They attacked Spain, and began to afflict it severely with fire and plunder'.4 This testimony is related to Spanish texts that mention a violent attack in Galicia. The Historia Silense reports: 'In the second year of his reign (Ramiro III, i.e. 968), one hundred Viking (Norman) ships with their king Gundered entered the cities of Galicia and made a great slaughter in the lands of Santiago, whose bishop Sisnando perished by the sword. They sacked the whole of Galicia as far as the Pireneos montes Ezebrarii (Monte O Cebreiro in the heart of Galicia). In the third year of their settlement, God, from whom nothing is hidden, brought down his vengeance on them; for just as they had taken the Christians captive and killed many of them with the sword, so many evils fell upon them, until they were forced to leave Galicia. Count Guillelmus Sánchez, in the name of the Lord, and with the help of the apostle Santiago, whose lands they had devastated, went out with a great army and, with divine help, killed all the pagans, including their king, and burnt their ships. "5 Count Guillelmus Sanchez is none other than Guillaume Sanche, Count of Gascony, who won the Battle of Taller twelve years later. Stephen Lewis proposes: "it is certainly possible that William Sanche had made a pilgrimage to Santiago de Compostela a little before this (in 969 or 970), whether from Gascony or Navarre, but this remains just a conjecture and can never be proved. " This "conjecture" leaves us perplexed: the Vikings had been ravaging Galicia for two years with an army transported by a hundred ships, and the Count of Gascony going to Galicia "on a pilgrimage" would have taken advantage of the opportunity to defeat them: where has it been seen that the lords took an expeditionary force on a pilgrimage with them? If Count Guillaume Sanche was in Galicia with his army, it was because he was going to help the holy places that had been under attack for two years! The hypothesis of a "pilgrimage" to explain a large-scale military campaign is a historiographical choice that we do not understand. As a Christian fighting the pagans in his lands, the Count of Gascony had a well-trained army and when these pagans decided to attack Galicia, the Count naturally decided to come to the aid of his Christian brethren, an action that earned him the recognition of Christendom and a prestigious marriage to Urraca, the very powerful Queen of Pamplona in 971. What is remarkable is that Stephen Lewis, far from trying to understand the context of the Galician battles, which involved Gascons fighting Vikings, was content to see them as a source of inspiration for the forger of Saint Sever when he 'invented' the battle of Taller.6 Stephen Lewis notes that these are two victories of Guillaume Sanche over the Normans and that on each occasion a matamore saint7, Saint James in the first case, Saint Sever in the second, appears at his side. The similarity between this story," writes Stephen Lewis, "and those found in texts from Saint Sever and Condom, which are discussed below, is most striking". This interpretation is astonishing: the texts tell us that the Count of Gascony fought and defeated the Vikings twice, once in Galicia in 970 and a second time in 982, and the exegete believes that the first battle inspired the invention of the second; we do not see how he can suggest this. As for the appearance of the holy matamore, its function is simply to remind us that God is on the side of the liberator and to give him a divine caution. Nothing, and especially not the similarities between these two battles, can allow anybody to affirm that the battle of Taller is an invention.

The ransom of William the Good in 971.

The Historia Abbatiae Condomiensis reports another Viking event shortly before the battle of Taller8: the capture of William the Good, Count of Bordeaux, followed by his release for ransom, an event that Stephen Lewis is quick to dismiss: "The Bordeaux historian Frédéric Boutoulle is right to point out that this donation by William Sanche of the villa of Tambielle to the abbey of Condom in return for the ransom it had paid for the release of William of Bordeaux does not really say that those responsible for his capture and ransom demand were Northmen, or even pagans, or even that he was killed in a subsequent battle against them, as Mussot-Goulard suggests, and he adds, echoing Boutoulle's suggestion, that William's capture 'may also be linked to one of [those] conflicts between powerful lords with which the period is full'.9 It is remarkable that the Condom cartulary, which refers to the battle of Taller and the origin of the relic of the cross, focuses on the fight against the Normans, but when William of Bordeaux is captured and ransomed, a fairly common Scandinavian practice, Frédéric Boutoulle prefers to believe in 'conflicts between powerful lords of which the period is full'. When an epitaph recalls that Landes maquisards were shot in 1944, it does not need to specify by whom. Despite a strong presumption, Stephen Lewis chooses to go along with Boutoulle's hypothesis, which allows him to avoid an additional text mentioning the Scandinavian presence.

2- The two sources evoking the battle of Taller.
The foundation charter of the abbey of Saint Sever, drawn up before 1072 (90 years after the battle), and the cartulary of Comdom, written in the 11th century, but known from a 14th century document, evoke the same event, a great victory against the Vikings which paved the way for the re-establishment of the Church in Gascony in 988. I will return to the Saint Sever charter at length because its treatment by Stephen Lewis is emblematic of the way in which sources are discarded by some historians. Every source should be evaluated on its content and form. However, we have the feeling that when the content is not to his liking, the historian always finds a flaw in the form that justifies his dismissal; when the content is appropriate, the historian is much less careful about the form.



The 'pseudo-charter' of Saint Sever.

The oldest version of the charter of Saint Sever was written in the last pages of the illustrated version of the commentary on the Apocalypse inspired by the Beatus de Liebana, a version produced in Saint Sever in the 11th century during the tenure of Abbot Gregory of Montaner (1028-1072). This addition must have been made at the end of the 11th or beginning of the 12th century. This text must have been the source of the reports made by Buisson in 1580 and Marca in 1640.10

The text states: "This is the occasion on which this project (of the refoundation of Saint Sever) was formed: an infamous troop of Normans, having left their own soil, crossed our frontiers, desiring to depopulate and plunder the lands which God has deigned to entrust to me by hereditary right; so that God himself might snatch me out of the hands of these abominable scoundrels who were rising up against me to wage war against me, I knelt before the tomb of the most holy martyr Sever, so that he might protect me by his intercession [. ...] I promised to surrender to Saint Sever all the country subject to my power, if I won the victory, to serve God and Saint Sever in all things, and to build, in place of a poor little church, a magnificent and illustrious monastery. Having made this vow, I attacked the most abominable troop: and that most glorious martyr whom I had called to help made his appearance on a white horse and adorned with bright weapons, and he struck down and sent many thousands of these infamous men to the jails of Tartarus. In the end, having won the victory, I endeavoured to fulfil my vow entirely [...]. "11

Stephen Lewis begins his study with a rather puzzling note: "Although one should not really prejudge matters, that the relevant part of the charter concerned here is a ‘pseudocharter’, or a ‘faux’ or a ‘falsification’, has been so well established by an array of eminent scholars over the years that I think we can accept it as a fact".12 Stephen Lewis thus accepted as authentic the part of the charter which refers to the purchase of a plot of land to refound the abbey, but he considered, like a "number of eminent historians" before him (including Bladé and Higounet), that the allusion to the victory over the Vikings which was at the origin of this refoundation was a lie. This way of sorting out in the sources what suits you seems to us more ideological than scientific and illustrates remarkably the teleological approach of the author.

Higounet and Marquette, two renowned historians (but not cross-referenced: the latter being a student of the former), wrote in Les Origines de l'abbaye de Saint Sever, a joint work: 'It appears to us that the so-called charter of restoration of the abbey by Count William-Sanche is a diplomatically apocryphal document, for the making of which the forger (sic) may have used some elements borrowed from the original foundation charter, which has been either lost or destroyed.13 We have difficulty with the term "forger" which suggests a deceptive and intentional dimension in the creation of a copy. Copyist seems to us a more appropriate term, but this qualifier is not accidental, they insist: "The pseudo-charter of William-Sanche' belongs to an 'enterprise of falsification'" and "The whole passage interpolated in the first decades of the twelfth century [...] cannot be retained",14 because "we are entering into a narrative of a miraculous nature". The appearance of Saint Sever at the Count's side would be proof that it is a "falsification" (sic). Charles Higounet even discovers the reason for this "manipulation": "This falsification, the work of a monastic office (end of the 11th - beginning of the 12th century), corresponded to the desire of the abbey to give itself a history and to produce a file intended to defend its rights over Notre-Dame de Soulac. We admire with what perspicacity our exegetes discover the "hidden intentions" of the "forger". Higounet continues: "It is advisable to get rid, in any case, of the legends stemming from the falsified charters, in particular that of the victorious battle against the Normans which is said to have provoked the vow of the Count of Gascony William-Sanche, the founder of the abbey - even if a charter of the Beatus belatedly preserved the memory of the Scandinavian pirates.15 Elsewhere, Higounet writes: "We think, with M. Marquette, that we cannot rely on the foundation charter of Saint-Sever to demonstrate or to indicate the existence of a battle against the Normans.16 As we can see, the real problem with this charter is not so much in its form as in its content: it mentions a battle against the Vikings which Higounet has decided to deny with all his academic weight, to which he attaches that of his pupil Marquette. If the charter had mentioned a battle against Aquitanians or Franks, no doubt Higounet would have found it much more credible. Stephen Lewis clearly understands that the argument of the two historians is based on nothing, it is a pure argument of authority. He will therefore go back to basics. Considering that these lines were added at the end of the eleventh or beginning of the twelfth century, more than a century after the said battle, he concludes: "it would be wise to doubt the content of this charter", meaning "late and therefore suspect".17 It is a pity that a researcher clearing up a little-known period should be content with the authoritative arguments put forward by pundits locked into their postulates to reject the rare texts that constitute his raw material. Remarkably, Stephen Lewis will not produce any analysis of the content of this charter. However, some historians such as Guilhem Pépin and Frédéric Boutoulle18, historians from Aquitaine, believe that this battle did take place, but that it was only a repulsed raid, a point we dispute.

A document describing a liberation battle.

If we analyse the contents of the charter of Saint Sever, we find six pieces of information that suggest the type of battle. The first piece of information: "an infamous troop of Normans, having left their own soil, crossed our borders, desiring to depopulate and plunder the lands that God has deigned to entrust to me by hereditary right. This is a strange formulation. Why does the duke speak of "hereditary right"? If he were master of Gascony, he would refer to "my lands". The fact that he says "the lands which God has deigned to entrust to me by hereditary right" suggests that he does not dominate them, but claims ownership. If he does not occupy these lands, who does? The text tells us it is the Normans. Despite the reference to "desiring to depopulate and plunder", this would not be a raid. The second piece of information: "So that God himself might snatch me out of the hands of these abominable villains who were setting themselves against me." The wording is surprising: it is not a question of repelling abominable villains threatening his power, but of ridding him of abominable villains who "hold him in his power". These few words indicate that the "villains" are permanently installed. The third: "I promised to deliver to Saint Sever all the country under my power, if I won the victory". The duke is obviously talking about the country he is about to reconquer. But why reconquer a country if the Normans are not there? The fourth piece of information: "I attacked the most abominable troop". The count does not say that he is attacked by pirates carrying out a raid: he says that he takes the initiative of the attack against the pagans. The pagans were therefore identified and settled in. The fifth piece of information: "This most glorious martyr whom I had called for help appeared on a white horse". Higounet will use this divine appearance as a pretext to affirm that this testimony is literature. It is true that the matamora saints are one of the literary figures of the Spanish Reconquista, but as Guilhem Pépin points out, the matamora saints appear in many proven Spanish battles and this testimony cannot be rejected for this simple reason. In reality, the appearance of the saint is neither extraordinary nor original, it is a topos. It gives a divine dimension to the Gascon victory. Better still, the presence of Saint Sever lends credence to the idea that we are not dealing with a simple repulsed raid, but with a battle of liberation carried out as part of a 'crusade' against the pagans. The sixth: "He struck down and dispatched many thousands of these vile men." The scale of the losses rules out the Vikings carrying out a raid. Outnumbered Vikings would not risk a useless battle with nothing at stake and no hope. They would pack up rather than fight. Only cornered men, with no way out, could accept such a confrontation. This charter, which presides over the refoundation of the abbey of Saint Sever, clearly alludes to a Scandinavian occupation followed by a battle of liberation. The last essential element is that, at the end of this battle, the Count of Gascony refounded the abbey of Saint Sever. If this is a repulsed raid, how does he know there will be no more? Why doesn't he fortify the Adour to repel a possible return of the enemies? The count refounded the abbey and finally re-established the church of Gascony because he knew that the Norman peril was behind him, and he knew it because the men he had defeated were those who had dominated his country for a century and a half. Yet despite all this evidence, some historians, entangled in the cliché of the monastery-robbing Viking, continue to view it as a repulsed raid.

Stephen Lewis makes no attempt to analyse this text and is content to repeat Higounet's sentence. Yet this testimony is cross-checked by another and should theoretically be taken into account.

The History of the abbey of Condom or Cartulary of Condom.

The Historia abbatiae Condomiensis, also called the Cartulaire de Condom, was probably written in the 11th century, but is known from a document dating from the 14th century: "It was during his government," translates Renée Mussot-Goulard, "that the perfidious nation of the Normans, Christianised in appearance but not in reality, invaded the shores and boundaries of Gascony, and settled in a plain called Taller. William attacked them so vigorously in this very spot that even today this desolate place is littered with the bones of the slain. But afterwards they dared not attack Gascony again'.19 In retelling this account, Stephen Lewis notes that there is no certainty as to the location of the battle (Taller, near Dax), nor the date (982). The only certainty is that it took place before 988 in the Landes. It was Pierre de Marca who, by cross-checking the sources, proposed the date of 982. When summarising this text, Stephen Lewis 'unfortunately' forgot a group of words: 'gens perfida Normannorum christicolis jam nomine magis' which Renée Mussot Goulard translates as 'perfidious nation of the Normans, Christianised in appearance but not in reality'. Why is such an oversight problematic? Quite simply because, like the charter of Saint Sever, this mention makes it possible to affirm that the Normans were settled in Gascony. Indeed, what is the point of specifying "Christianised in appearance but not in reality," if not to clear oneself of an unjust fight against Christians. However, if the Scandinavians carry out a raid, whether they are Christians or not, this does not change the fact that they are the aggressors: any response is legitimate. On the other hand, if the duke is the aggressor of a long-established community, partially Christianised, he is a predator attacking a Christian minority. By pointing out that they are only apparently Christianised, the duke justifies a war of aggression against Christians who are permanently settled. In favour of a continued presence, it should also be noted that he refers to "the perfidious nation" and not a "band of pirates". Finally, this Christian identity is confirmed a little further on: "Among them was a very formidable Norman called Airald who, protected by his armour and weapons, seemed invulnerable: the shots hit him but did not wound him. Finally he was taken prisoner and under his breastplate the cross of the Lord was seen hanging around his neck, although he was unworthy of it. As soon as it was taken from him, he died. The count then offered this life-giving wood to our monastery. Since then, it has brought salvation, for its virtue has been recognised against fire and storms, and, sprinkled with wine, in the recovery of the sick. This cross is still named after the warrior who wore it. William thus became prince of the province'.20 It should be noted that after his victory, 'William thus became prince of the province'. This means that before this victory he was not a prince. He did liberate the country from Scandinavian rule. Rather than thinking of Airald's identity and his professed Christianity, Stephen Lewis suggests: "Perhaps the author wanted to create from the presence/existence of a cross at Condom in later times an appropriate heroic story for Count William Sanche? If so, that is what he certainly did". On the art of dismissing a source that one does not want to study. Thus, rather than analysing this source, Stephen Lewis speculates that this text was invented to give a history to the Condom relic. In the same way, it could be suggested that the Viking invasions were 'invented' to explain the collapse of the Carolingian empire.

Aigrold of Bayeux and Airald of Bayonne.

Stephen Lewis will nevertheless dwell on an element that I highlighted in my book in 2018.21 In 945 and 965, Normandy was saved twice by a chief named Harald, whom Flodoard and Richer, contemporary authors, named Aigrold of Bayeux. However, the chief killed at Taller was named Airald. The two first names refer to the same Scandinavian name. I had hypothesised that this Aigrold of Bayeux was in fact Harald of Bayonne.22 The confusion Bayeux/Bayonne (Baioca/Baiona) was to recur in Latin texts until the 19th century. Stephen Lewis notes that the name and the period correspond, but considers: "It is not impossible that the Condom scribe took such a name from one of these sources as a good name for a Northman". Why not? Moreover, we can make the same assumption for all the William of Aquitaine, all the Louis of France and all the Sanche of Gascony! As for the cross, it would not have belonged to a Norman named Airald, suggests Stephen Lewis, but more probably to a Gascon named Ayrard23. "It's just a thought', he hastened to add. We understood him well.

Stephen Lewis concludes: "My opinion is that one should not, and cannot, suggest that 'Harald of Bayeux' is the same person as the rather mythical Airald of the late Condom text. He adds the reason: "His active career must have stretched from at least 945 (or a little before) a period of about four decades [...] I find this literally incredible".24 Knowing that Viking chieftains often began their warlike careers at the age of twelve and willingly ended them with their arms in their hands, I for one have no trouble imagining that a chieftain had a career of fifty years or more. Of course, if Harald is the same, he is an old man in 982, but this leader is supported by his sons, nephews and grandsons. Will this chief who defeated and captured the king of France in 945 withdraw from the battlefield because he is sixty years old? Certainly not. To die with arms in hand is the most beautiful of deaths, and to abandon one's own on the eve of a decisive battle would be unworthy of a leader with glory. If Harald was twenty years old in 945, he would have been fifty-seven in 982. We see nothing incredible in such a chronology. The same Harald could have saved Normandy in 945 and perished at Taller in 982. But this possibility is not enough to make it a probability.

The probability of Harald of Bayonne being killed in Taller.

We have seen that the Vikings who attacked Galicia in 968 came from the Seine. Now, the expeditionary force that distinguished itself on the Seine was commanded by Harald, who could have been the leader of the Vikings of Gascony who came to the aid of their brothers in Normandy. Since Harald is not known in the British Isles or Scandinavia, this is an interesting proposition. This probable origin is reinforced by the fact that in 965, the Seine fleet did not head north, but south, where the same fleet, commanded by Gundred, ravaged Galicia from 968 onwards. Logically, this expeditionary force stopped somewhere along the way. When it left after being chartered, it was commanded by Gundred, probably one of the sons of Harald of Bayonne. This reading is reinforced by the political context. This attack on Galicia, which involves one hundred ships and lasts two years, is not a plundering raid. It was something else, logically an offensive dictated by a political imperative. Now, Sancho I, King of Leon and Asturias, had been a historical ally of the Vikings of Gascony since 795. Through matrimonial alliances, he had become heir to the crown of Galicia in 965. This situation strongly displeased some Galicians, and in particular Sisnando, bishop of Santiago, who took a dim view of the arrival of this king, a historical ally of the pagans, who was to become the guardian of the relics of Santiago. This was probably the reason for his assassination in 966. However, the Vikings hate it when their allies are murdered. The attack of 968 could be seen as a reprisal, but it was more than that. The size of the fleet (100 ships, nearly 8,000 men), the duration of the expedition (nearly two years) and the number of cities attacked (eighteen according to Duddo) suggest that the Vikings led a major offensive and sought to take military control of Galicia. In fact, the Historia Silense states: "In the third year of their settlement". It was probably an attempt to conquer the country. William Sancho, Count of Gascony, had to react and help the Christians of Galicia, whose country was in danger of suffering the same fate as Gascony. He killed Gundred, which put an end to the Scandinavian attempt in 970. The following year, crowned with glory, William Sancho married Urraca, the powerful queen of Pamplona. Urraca took up the cause of the Christian Gascons, because the pious queen, who had been neutral until then, probably did not forgive her Scandinavian neighbours for the death of Bishop Sisnando, guardian of the holy places. The attack on Galicia would have been a military and diplomatic operation ordered by the Scandinavian lords of Gascony, furious at the murder of their ally. However, by causing Pamplona to fall into the opposing camp, this expedition sealed the fate of Scandinavian Gascony. From now on, the Gascons and Navarrese would unite to confront the Vikings of Gascony. This is obviously only a hypothesis, the main merit of which is that it is consistent with the sources and with the histories of Gascony, Galicia, Asturias and Normandy. It is also possible to defend the idea that this fleet of one hundred ships commanded by a Scandinavian pirate named Gundred "from the North" carried out a simple late raid lasting two years, which is a little longer than normal. This is the view that Stephen Lewis seems to hold.

3- The consequences of this battle.

There is one area in which Stephen Lewis remains silent. But we cannot blame him for that. It is the consequences of this battle. As it never took place in his eyes, he could hardly study its consequences. It turns out that if it is indeed a battle of liberation, the consequences will be quite important and visible.

The end of the Scandinavian domination and the re-establishment of the church of Gascony.

First of all, it is clear that this Gascon victory put an end to the Scandinavian domination that really began in 840. In 840, the men from the north had eliminated the bishops of Gascony. In 988, the count hurried to re-establish the Church in Gascony. That said, he did not do this by the book. The Count of Gascony did not return Gascony to Christianity. Since the assassination at Lapourdan of Leon, archbishop of Rouen and emissary of the pope, in 892, a very violent conflict has opposed the Count of Gascony, the logical sponsor of the murder, to the papacy. During the following decades, the counts of Gascony lived without Rome and organised their own church! Renée Mussot-Goulard describes it in these terms: "The duke grouped together in the west all the bishoprics without holders, without "honorary" lands and most often without cathedrals, to constitute the most extraordinary secular princely church that had ever existed and which for a century bore the name of the Bishopric of Gascony". The historian adds: "In no other region of the kingdom was the religious activity of a prince so complete, so radical: the need for reorganisation after the longest known Norman occupation of the kingdom... can explain this. "25 In so doing, the count of Gascony completely bypassed Rome. After his victory, the count tried to temper the papal anger by offering him the powerful abbey of Saint Sever, but the bishopric of Gascony remained detached from Rome for several more decades. It is easy to explain these events if one considers the continued presence of the Northmen in the region. Without them and the assassination of Leon, the historian's task is much more delicate.

The appearance of pariahs of Germanic origin in Gascony.

The defeated Vikings remained masters of the country for almost a century and a half. The Scandinavians married native women. By the third generation, the Vikings in Gascony were three-quarters Gascon. After six generations, they were fully Gascon. The pagans defeated in 982 did not leave: they were at home. Logically, they stayed. However, around the year 1000, communities of Goths appeared in Gascony, hunting whales in Capbreton and Biarritz. Now, whaling in Gascony was practised with Scandinavian techniques and vocabulary. Logically, these whale hunters were the descendants of the Vikings defeated at Taller. They were called Agots in Capbreton and Agotacs in Biarritz. They belonged to a community better known under the name of Cagots. These Agots appeared in Gascony and Navarra, that is to say in the lands of the victors of the battle of Taller, the Count of Gascony and his wife the Queen of Pamplona. These outcasts did not appear as a result of racial, religious or health segregation by an intolerant Gascon people, but more likely as a result of a political decision taken by the victors of Taller. The Agots were forbidden to possess weapons, dogs and horses, all military attributes suggesting that they had belonged to a people who had dominated Gascony. This hypothesis is supported by several testimonies, including that of Martin de Viscaye. In 1621, Martin de Viscaye wrote about the Visigothic origins of the Agots: "Around 412, part of this people invaded Aquitaine and Gascony and committed so many cruelties that the inhabitants of the country rebelled, joined forces and guided by the nobility succeeded in destroying or driving out the Goths, from whom only a few wretches remained without being dangerous. These wretches, according to the author, were the first Agots, and he states that this is a constant tradition in Bearn and Lower Navarre.26 Although Martin de Viscaye refers to the year 412, which corresponds to the Visigothic period, what he describes does not correspond to the actions of the Visigoths. The Visigoths never invaded Aquitaine. They were entrusted with the province by their Roman allies, and it came under their domination without a hitch: they never had to conquer the country or fight the Aquitanians. The Visigoths, who had been Christianised and Romanised for over a century, did not commit the 'cruelties' described by the author. Moreover, the Visigoths were defeated in 507 at the battle of Vouillé by Clovis, a Frankish king, a foreigner, and certainly not by 'rebellious inhabitants led by the nobility'. For their part, the Vikings defeated at Taller in 982 were defeated by William Sanche, who had rallied the Navarrese and Perigordian nobility. He defeated them alone without the help of the King of France. It follows that Martin of Viscaya does indeed mention the battles against the Vikings, but he backdates them and attributes them to the Visigoths. Martin de Viscaye clearly refers to a battle which some deny existed and others suggest was merely a raid. Of course, Stephen Lewis does not mention this source, nor these communities of Gothic origin.

End of the slave trade to Spain and end of the invasions.

One of the main commercial activities of the Vikings of Gascony was the slave trade to Andalusian Spain. These slaves, Christians from the British Isles and continental Europe, were transported across the Pyrenees as late as 970, according to Ibn Hawqal.27 Those who engaged in this trade may have been Gascon renegades, but I do not think so. I think that they were Scandinavians who had settled in Gascony. This trade was very active until 980. At this date, Evariste Lévi-Provençal28 notes that the Saqqalibas, slaves of European origin, stopped arriving in Andalusia and were replaced by Mamelukes, slaves of African origin. There is no explanation for this change of origin. The logical explanation is the battle of Taller. The Gascon victory would have cut off the trade route to Spain. Not surprisingly, Lucien Musset29 notes that the Rouen slave market, which traded Irish captives, closed its doors around the year 1000. Without the Spanish outlet, the slave trade lost its raison d'être and the Viking invasions began to come to an end. The Battle of Taller may have been one of the most important battles in the history of the invasions, the one that ended the trade. Obviously, commercial considerations and the history of the Vikings outside Aquitaine are beyond the scope of Stephen Lewis who has no choice but to ignore these facts.

Conclusion

We have two 11th century texts referring to this battle and although they overlap, Stephen Lewis ignores them because Charles Higounet has shown that one of them is a 'falsification' and the other is a late and lonely one which loses its evidential value. Stephen Lewis had the opportunity to re-evaluate these texts, but he decides, as usual, to remain in the wake of his masters: 'Although one should not prejudge things, the fact that the part with which we are concerned here (the battle part) is a pseudo-charter or a forgery has been so well demonstrated by a body of eminent historians over the years that I think it can be accepted as a fact'.

At no point does Stephen Lewis seek to verify the basis of this evidence. From the outset, he considers them to be forgeries. Airald? "A Scandinavian name that the scribe must have picked up from some source". The wooden cross? "It must have belonged to a Gascon named Ayrard. The purpose of this fasification? "To give a prestigious history to a relic on the one hand and to justify a request for the church of Soulac on the other. The relationship with Aigrold of Bayeux? "It is incredible: Harald would have been an "old man" of fifty-seven years!" This is not a historical demonstration, it is something else, an "academic work" whose object seems above all not to disturb the established order. At the end of his study, Stephen Lewis does not categorically reject the existence of such a battle. He writes: "I can indeed imagine such an incursion into Gascony and such a battle involving Count William Sanche and the Northmen who had been in Iberia until 972, perhaps sometime in the 970s although if such a battle took place it was in my opinion more likely somewhere near the coast of the Landes or Bordelais and likely not at or very near the present village of Taller near Castets, and furthermore there is no convincing evidence to date such a battle to the year 982".

How could an academic who knew he was writing on such a controversial subject think that by repeating platitudes and authoritative arguments he would end the controversy? He could have attacked me head on, and argued foot to foot, instead he attacked the ancient and uninvestigated writings of Renée Mussot-Goulard, a medievalist who was roundly criticised by Professors Charles Higounet and Jean-Bernard Marquette for having contradicted them by daring to qualify the Gascon episode as "the longest known Norman presence in the kingdom". Needless to say, after such a reframing, the young historian immediately stopped her research.

Stephen Lewis's thesis is an important one because it provides a reading that is destined to become the university's principled position on an issue that had never been studied before. Unfortunately, we have seen that Stephen Lewis systematically adopts a conventional and restrictive reading and closes all the doors that have been opened to Gascony's past. By throwing, like Charles Higounet, all the testimonies into the dustbin of history, Stephen Lewis has chosen to preserve the whiteness of the pages of Gascon history. This is a pity.

The great merit of this thesis is that it has allowed me to produce - at last - a critique of the work of an 'authentic specialist'. It took sixteen years after the publication of my first book, The Secret of the Vikings, to finally read a work on this question. I therefore warmly thank Stephen Lewis for this remarkable work and the University of Caen for its audacity: it has finally crossed the Loire to study the Vikings in the south.

1 Lewis, p.653.

2Charles Higounet, Histoire de Bordeaux, 1980, p. 82.

3Frédéric Boutoulle, "Par peur des Normands", Revue archéologique de Bordeaux, 2008, IC. pp.23-38, p.23.

4Dudo: ed. J. Lair p. 287; trans. E. Christiansen, p. 162. Lewis, p.617.

5A. Christys, Vikings in the South, pp. 83-84; Historia Silense, eds. J. Pérez de Urbel and A. G. Ruiz-Zorrilla, p. 171; J. Pérez de Urbel, Sampiro: su crónica y la monarquía leonesa en el siglo X, pp. 340-42; Lewis, p. 640.

6So, was the Chronicle of Sampiro possibly referring to a battle in Gascony and not in Galicia? Or, perhaps more likely given the chronology, was the report in the pseudo foundation charter of Saint-Sever where William Sanche defeated the Northmen with the help of Saint Sever (with very clear parallels to Saint James) taken either from the Chronicle of Sampiro/ Historia Silense or from an oral memory of William Sanche’s earlier defeat of the Northmen in Galicia with the help of Saint James? SIC!!!!! Lewis, p. 643.

7Matamore, mata moros, litterally killer of Moors.

8Quodam tempore Guillelmo Burdegalensi comite capto, meus patruus Guillelmus Sancius cujus superius mentionem, ei subvenire studuit et ideo ab hoc monasterio plurima donaria accepta in vasis aureis et argenteis, candelabris quoque et turibulis seu aliis ornamentis, ea in amici sui liberatione protulit offerens Sancto Petro quasi pro satisfactione hunc locum sui juris, de quo loquimur, Tambilla nuncupatum [...]. Historia abbatiae Condomiensis nunc episcopatus, in L. d’Achery, ed. Spicilegium sive collectio veterum aliquot scriptorum, vol. 2, Paris, 1723 p. 586; BNF MS Latin 5652, fol. 40;

9 F. Boutoulle, " Par peur des Normands ", p. 30. ; Lewis, p.625.

10 Lewis, p.627-628

11G. Pon and J. Cabanot, eds. and trans. Chartes et documents hagiographiques de l’abbaye de Saint-Sever, vol. 1, pp. 112-13. On trouve une autre traduction dans R. Mussot-Goulard, ‘La Gascogne’, in M. Zimmermann (ed.), Les sociétés méridionales autour de l’an Mil. Répertoire des sources et documents commentés, Paris, 1992, pp. 319- 22; voir aussi l'article de R. Mussot-Goulard ‘La Bataille de Taller’, pp. 552-53. Lewis, p.629.

12 Lewis, note p.626.

13 C. Higounet and J.-B. Marquette, ‘L’origines de l’Abbaye de Saint-Sever’, p. 29.

14 Ibid., p. 32.

15C. Higounet, ‘Conclusions’, in J. Cabanot (ed.), Saint-Sever. Millénaire de l’abbaye, p. 341. Lewis, p.631

16C. Higounet, ‘Discussion’, in J. Cabanot (ed.), Saint-Sever. Millénaire de l’abbaye, p. 35.

17 Lewis, p.630.

18Frédéric Boutoulle, "Par peur des Normands", Revue archéologique de Bordeaux, 2008, IC.

19 Cujus in diebus gens perfida Normannorum christicolis jam nomine magis quam opibus unita, maritima littora circumiens, Gasconiae (Guasconiae) fines invasit, et in quadam vasta planitie Taleras dicta consedit dictus Guillelmus Sanctius (Sanctii); quos ille aggressus tanta caede in eadem planitie solitudinis mactavit, ut magis hodie videatur operta in locis quam plurimis ossibus occisorum quam cespitibus herbarum agrestibus. Hac ego plaga correcti, non apposuerunt ultra pervadere fines Gasconiae. Luc d’Achery (ed.), Spicilegium (1677), vol. 13, p. 443; (1723), vol. 2, p. 581; R. Mussot-Goulard, ‘La bataille de Taller’, p. 554; J.-F. Bladé, ‘L’Évêché des Gascons. Préliminaires’, Revue de l’Agenais, 24 (1897), pp. 496-514 at p. 506.

20 Inter quos fuit quidam Normannorum fortissimus Airaldus nuncupatus qui lorica indutus et armis praecinctus undique percutiebat et ipse percutiebatur sed absque laesione persistebat. Tandem captus et lorica exutus, dominicae crucis vexillum gestare est inventus ad collem dependens. Eo praesidio muniebatur indignus quo privatus repente est necatus. Hoc vero lignum salutiferum honorandus comes huic cenobio devotissime est largitus, cujus probatissima virtus ignis injuriam repellit, imminentes grandinum tempestates effugans, vinoque aspersus quod languentibus propinetur salutem accompdat. Vocatur autum adhuc eodem nomine quo et miles qui eum gestatabat. Factus ergo Guillelmus princeps patrias […]. L. d’Achery, ed., Spicilegium (1723), vol. 2, p. 582; R. Mussot-Goulard, ‘La bataille de Taller’, p. 554; J.-F. Bladé, ‘L’Évêché des Gascons. Préliminaires’, Revue de l’Agenais, 24 (1897), pp. 496-514 at p. 506, Lewis, p.637

21Joel Supéry, La Saga des Vikings, 2018, p.165

22Voir confusion Baioca-Baiona in Supéry, Etude critique, partie 3, Academia, 2021.

23 Alternatively perhaps the cross at Condom which was believed in the oral tradition of the monastery to have belonged to an Airald may originally be referring to a Gascon called perhaps Airard /Ayrard such as the first archbishop of Auch of this name in the late ninth century; but this is just a thought Lewis, p.638

24 Lewis, Note 1, p.639.

25 Renée Mussot-Goulard, Histoire de la Gascogne, PUF, 1996, p. 63

26Dom Martin de Viscaye, Derecho de naturaleza que los naturales de la Mirendad de San Juan del Pie del puerto tienen en los Reynos de la corona Castilla, Zaragoza, 1621, pp.123-146 in Francisque Michel, Histoire des races maudites, Paris, 1847, Tome 1, p.16-17.

27Ibn Hawqal, Configuration de la terre, I, G. Wiet (trad.), Paris, 1965, p. 109.

28Evariste Lévi-Provençal, Histoire de l'Espagne musulmane, Maisonneuve et Larose, 1950, pp. 136-137.

29Lucien Musset, Les Invasions : le second assaut contre l’Europe chrétienne (viie – xie siècles), Presses universitaires de France, Paris, 1971, p. 238 ; quelques références dans Musset, Le Satyriste Garnier de Rouen, n°370.

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